1. « La protection incite à la démission autant que la concurrence invite au dépassement de soi » [1].

    Même s’il existe une guerre économique, qu'il nous faut assumer mais qui est un dévoiement de la concurrence, la compétition n’est pas toujours la jungle sauvage décriée par les ennemis si nombreux de la mondialisation, à condition de bien la définir.
    La compétition ne doit pas consister pas à écraser les autres, ça c’est la guerre (économique) et ça n’engendre que malheur, destruction de richesses et désolation. Quand vous écrasez quelqu’un, vous semez toujours les germes de la rancœur, de la frustration, de la jalousie et de la haine ce qui finira toujours par se retourner contre vous, et les autres seront irrémédiablement vos ennemis.
    Et il vous faudra consacrer une énergie considérable pour vous en protéger.

    La compétition saine consiste à se "frotter aux autres" et on a tous à y gagner : on s’améliore dans le même temps que l’on fait évoluer les autres et ils vous en seront toujours reconnaissants.

    Bien-sûr, si une équipe de 4ième division se frotte aux champions du monde, elle perdra systématiquement, ce qui est démotivant et contre-productif. Et si elle joue toujours contre la plus faible, elle gagnera toujours et n’en retirera aucune satisfaction, aucun mérite et aucun enseignement.

    Il est donc essentiel de bien choisir son étalon de mesure, son benchmark. Et pour bien le choisir, il faut bien se connaître soi-même, ce qui implique de faire un travail sur soi d’évaluation profonde. Ainsi, en allant vers les autres (ce qui n’est pas toujours facile), on apprend en fait à découvrir qui l’on est vraiment et quelle est notre véritable valeur personnelle. En s’ouvrant aux autres, on apprend à mieux se connaître.

    On a donc tout à apprendre à s’ouvrir aux autres et à l’extérieur, que l’on soit un individu, une université, une entreprise ou un pays. Dans tous les cas, les organisations humaines ne sont toujours composées que par les individus qui les font vivre ou mourir selon que ses membres s’épanouissent, s'accomplissent, se referment sur eux-mêmes ou se figent.

    Nous sommes avant tout un peu tous prisonniers des chaînes dans lesquelles nous nous sommes nous-mêmes enfermées.

    C’est pourquoi le repli sur soi, le protectionnisme à tout crin, la fermeture systématique nous appauvrissent systématiquement et que l’économie, comme les hommes et les femmes, ne s’épanouissent et ne s’enrichissent que dans les échanges et l’ouverture au monde extérieur.
    Car l’économie n’est faite que par les hommes et les femmes qui la composent, c’est-à-dire par définition des êtres humains faillibles et perfectibles.

    [1] Mathieu Laine, La France est foutue, Editions JC Lattès, Paris 2007, page 94.

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  3. Imaginez un homme malheureux dans son couple. Il décide de changer de femme, mais il est encore malheureux. Il change à nouveau mais il reste toujours malheureux. A votre avis, qui a un problème ? L'homme ou la femme ?

    C'est pareil en politique française depuis des décennies. Les français changent constamment de majorité et de dirigeants pour installer un nouveau gouvernement. Mais ils restent mécontents, malheureux et déçus. Aussitôt, ils manifestent et revendiquent dans la rue.

    Les chômeurs perdent le sens et le goût de leur vie tandis que les actifs deviennent hyperactifs, battant le record de consommation d'anti-dépresseurs. Qui a un problème ? Les français ou les politiques ?

    N'est-ce pas les deux qui sont sans doute entraînés sur la pente d'un divorce fatal pour la démocratie... C'est cette réflexion qui m'a poussé à écrire mon nouveau livre, publié aux éditions Tatamis, après des années de lectures théoriques et d'observation aiguisée de l'actualité française et internationale.



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  4. Il existe en microéconomie une loi fondamentale qui a des implications macroéconomiques considérables à la fois sur le plan de l’économie nationale qu’au niveau de l’économie mondiale. Au-delà de son expression mathématique qui - mal comprise - risque de nous faire passer à côté de l’essentiel du message économique, il convient d’en bien saisir toute sa signification [1].

    Cette loi est connue sur le nom de loi des rendements marginaux décroissants qui est, pour un économiste, quasiment une loi naturelle [2]. En effet, elle est ancrée dans notre nature biologique d’être vivant même : il faut accumuler et reconstituer un stock de calorie (par la consommation) pour pouvoir fournir de l’énergie (pour la production et le travail).
    Quand on a des faibles performances dans un domaine quelconque, il est plus facile d’accroitre ses performances que lorsque l’on a déjà atteint un niveau de performance élevé. Plus on s’approche de son potentiel, plus on a épuisé les possibilités d’accroissement de nos performances. Ou alors il faut accroître ce potentiel lui-même (réformes structurelles).

    Ainsi, je dis à mes étudiants qu’il est plus facile de passer d’une note de 5/20 à 10/20 en se mettant sérieusement au travail, ce qui nous fait une progression de 100 %. Mais on comprend bien que, en progressant, on ne pourra pas maintenant le même taux de croissance de 100 % et qu’il est extrêmement difficile de passer de 17/20 à 19/20, à l’image du champion de saut en hauteur qui veut augmenter son record d’un tout petit centimètre. Le dernier « petit centimètre » est plus dur à gagner que le premier « petit centimètre » même s’ils ont objectivement la même taille. Dans le film de Luc Besson « Le grand bleu », Jean Réno, qui joue le rôle du plongeur qui veut battre le record du monde de plongée en apnée, dit : « Un mètre tout au fond n’a pas la même longueur qu’un mètre à la surface ».

    C’est pourquoi les pays émergents peuvent afficher des taux de croissance insolents qui ont frôlé les 10 % pendant des années (et plus de 5 % aujourd’hui) car ils partaient de très bas, ils avaient un niveau faible d’accumulation du capital et, en conséquence un niveau élevé du rendement marginal du capital.

    Mais examinons justement les conséquences d’une telle proposition dans une économie ouverte. Les capitaux, qui circulent librement, vont s’investir dans les pays (investissements directs) qui proposent les meilleurs rendements, donc dans ces pays émergents, ce qui permet précisément à ces pays de trouver les financements leur permettant de financer les investissements. Ainsi, l’accumulation du capital s’accroit, ce qui nourrit la croissance de ces pays, et par contrecoup, la croissance de l’économie mondiale.
    En conséquence, le niveau du capital par travailleur va s’accroître et donc les rendements marginaux (le supplément de rendement obtenu par chaque dose d’investissement) diminuent jusqu’au point où les capitaux vont se placer dans d’autres pays qui présentent de meilleurs rendements, donc de meilleurs potentiels de croissance, pour nourrir la croissance mondiale.

    On voit donc que la mobilité internationale des capitaux permet d’exploiter tous les gisements de croissance au niveau mondial, générant un processus de rattrapage de croissance des pays : les pays qui décollent connaissant les plus forts potentiels de croissance (la barre est très basse), ils attirent les capitaux qui vont justement nourrir cette croissance (ils peuvent monter le niveau de la barre).

    Mais voilà, au nom d’une vision statique et idéologique du monde, qui assimile la libre circulation des capitaux à la spéculation forcément coupable, les gouvernements vont s’empresser de mettre en place une taxation des mouvements financiers, emboitant bêtement les propositions délirantes d’ATTAC. Le drame est qu’ils vont justifier la mise en place de cette taxe par le motif évidemment noble – et donc non critiquable - du soutien au développement et la lutte contre la pauvreté dans le monde.

    Or, l’aide (le produit ainsi récolté de la taxe) est généralement collectée par les Etats et donc versée par le haut à des Etats. Ces Etats, qui bénéficient de l’aide, ont souvent des régimes politiques corrompus, immoraux et inefficaces à l’origine de la pauvreté même de leur pays, ce qui cautionne précisément ces régimes politiques en les faisant durer alors que les habitants fuient leur pays.

    Mais, la mise en place de la taxe, en freinant la circulation internationale des capitaux (ce qui est son objectif affiché et recherché), est précisément à l’origine du ralentissement de la croissance dans ces pays, ce qui compromet leur développement. Encore une fois, que ce soit au niveau national ou au niveau international, la taxe se propose de réparer ce qu’elle a en fait elle-même provoquer : l’Etat vous casse la jambe d’un côté et il se propose en sauveur en s’octroyant le monopole de la fourniture des béquilles de l’autre côté. Mais comme il faut bien justifier la taxe sur la longue période, il vous recassera la jambe à nouveau lorsque celle-ci sera réparée de sorte que l’économie est structurellement sous son potentiel de croissance. Vous êtes structurellement handicapé.

    Les pays émergents, en s’ouvrant aux investissements directs et aux échanges internationaux, notamment dans la zone APEC ont ainsi exploité tout le potentiel de croissance de l’ouverture et sont aujourd’hui devenu la locomotive de la croissance mondiale. Ce n’est pas la mondialisation le problème, ce sont nos structures qui sont inadaptées.

    En économie ouverte, même si l’épargne des français est abondante, elle ira se placer dans les pays émergents qui offrent les meilleurs rendements. Faut-il alors se protéger du monde et s’exclure du marché mondial des capitaux et donc de la liberté de circulation des capitaux qui est son corolaire ? Non car nos blocages sont précisément internes et structurels.

    Encore une fois, ils sont liés à une vision statique (approche keynésienne), quand ce n’est pas marxiste (haine du capital forcément néfaste et exploiteur des masses), de l’économie abondamment diffusée par les médias perroquets.
    C’est en effet la seconde implication de la loi des rendements marginaux décroissants. Que dit-elle au fond ? Permettez-moi, pour mieux me faire comprendre et plutôt que de vous ennuyer avec des mathématiques, d’utiliser à nouveau une image sportive.

    Le problème du sauteur en hauteur (mais c’est valable pour les sports) est de trouver son potentiel optimal de performance : s’il place la barre trop bas, il va la franchir aisément (rendement marginal élevé = il peut accroitre fortement ses performances s’il saute à nouveau) ; s’il place la barre trop haut, il passe en dessous et il va se décourager. Ou alors il faut qu’il se dope (surendettement, inflation). Le niveau optimal pour lui se situe entre ces deux niveaux, correspondant à son potentiel productif. Maintenant, s’il veut sauter plus haut dans le futur (et battre de nouveau record), il faut d’abord s’entraîner (épargner pour investir) pour accroitre son potentiel productif lui-même.
    Mais lorsque le sauteur est en-dessous de son potentiel (le rendement marginal est élevé), c’est que la barre est trop basse. Que fait-il logiquement pour progresser ? Il remonte la barre et pas l’inverse. Il travaille plus. Or, que dit-on et que fait-on chez nous depuis des années ? L’INSEE observe, chaque année, que la productivité du travail est élevée en France, plus précisément, que le rendement marginal est fort. C’est précisément parce que notre économie est sous-capitalisée : la barre est trop basse compte-tenu de notre potentiel économique.

    Mais qu’en concluent les socialistes, qui s’appuient sur une vision statique de l’économie : puisque le rendement des travailleurs est élevé, alors on peut réduire le temps de travail (35 heures). Mais, une analyse dynamique de l’accumulation du capital, qui explique les phénomènes de croissance, explique que c’est précisément le contraire qu’il faut faire : nous sommes en situation de sous-capitalisation car nous ne travaillons pas assez ! C’est comme si vous faisiez dix pompes pour vous muscler et que vous n’êtes pas fatigué : vous pouvez faire facilement la onzième, vous avez encore du « jus » (rendement marginal), alors vous allez décider de faire moins de pompes ? Mais alors vous ne vous musclerez jamais.

    La sous-capitalisation de l’économie correspond à la situation du sauteur qui a mis la barre trop bas, il a donc beaucoup de la marge de progression, il va donc monter la barre, et non pas la baisser. Car s’il la baisse, il va se croire très fort mais il va connaître la douche froide le jour de la compétition avec les autres sauteurs qui se sont sérieusement entraînés.

    C’est le problème structurel majeur de l’économie française : nos experts mesurent fort justement que le niveau des rendements marginaux sont élevés, mais ils en concluent (fort bêtement) qu’il faut baisser le temps de travail. C’est donc comme si le sauteur baissait sa barre alors qu’elle est déjà en dessous de son potentiel. Alors, du coup, en s’ouvrant à la compétition internationale, on se rend compte que l’on ne résiste pas à la croissance des pays émergents plus travailleurs et plus compétitifs.

    Refusant de voir la réalité en face, on accuse alors cette ouverture et cette compétition (c’est la faute des autres sauteurs si je me suis mal entraîné) alors que nos rendements élevés, en économie ouverte, sont susceptibles d’attirer les capitaux motivés par la perspective de rendements plus forts. Alors on taxe les capitaux, ce qui diminue finalement le rendement et donc l’attrait qu’exerçaient ces rendements. Et on se tourne vers l’Etat, pour soutenir l’économie et défendre les emplois, alors que l’on met en œuvre nous-mêmes, par notre vision absurde et inversée de l’économie, les mesures qui frappent de plein fouet les mécanismes de croissance eux-mêmes.

    Encore une fois, la misère et la fin de la croissance proviennent souvent d’une ignorance crasse de lois économiques simples mais que l’on refuse de comprendre alors que leurs implications sont considérables, contenant notamment les clés de la richesse et de la croissance.
    _____________

    [1] La dérivée partielle de la fonction de production, qui est donc positive, nous donne le rendement du facteur de production, c’est-à-dire la productivité marginale du travail ou du capital. Si on augmente le niveau d’un facteur, on produit plus.
    La dérivée de la dérivée, soit la dérivée seconde, nous donne donc l’évolution de ce rendement qui est négative : la progression des rendements diminue avec l’accroissement du facteur. Le rendement du facteur augmente de moins en moins vite.


    [2] Elle fut d’ailleurs énoncée rigoureusement par David Ricardo qui observait le phénomène d’épuisement des rendements dans le secteur agricole. Mais, bien comprise, on la retrouve partout, dans tous les domaines de l’action humaine.

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  5. The show must go on…

    Ma vie est à un tournant qui me conduit à me poser les questions plus fondamentales et les plus douloureuses. Certaines de ces questions aboutissent à des décisions tandis que d’autres débouchent sur de nouvelles questions.

    J’ai en tout cas pris la décision d’écrire aujourd’hui ma dernière chronique. Je suis désolé pour mes nombreux lecteurs qui ont souvent été aussi attentifs que fidèles. Ce fut une expérience fantastique pour moi alors que je faxais mes premières chroniques en quelques exemplaires destinés à des amis toujours trop rares.

    Mais c’est un exercice épuisant qui nous entraîne dans une virtualité bien dangereuse. Parfois, j’ai tellement l’impression de ressasser, de faire les mêmes constats, de proposer des pistes pour le changement dans un vide vertigineux. Mais à quoi bon... Quel est l’impact ? Qui nous écoute ?

    Finalement, j’avais l’impression de me défouler, suscitant la colère et la haine de mes ennemis (qui n’hésitaient pas à m’envoyer mes menaces ou des messages d’insultes) et l’admiration sincère de mes amis. Mais ces lignes sont comme des gouttes d’eau dans un océan de bruits et de tumultes duquel il ne sortira pas grand-chose puisque tous les avis se brouillent et se neutralisent.

    J’aurai secrètement espéré qu’un éditeur repère mes écrits sur les blogs… mais les choses ne se passent pas ainsi dans la vraie vie. Il faut être dans les circuits idoines, dans les lobbies dominants. Il faut avoir des appuis. Comment ai-je pu avoir la prétention de croire que je pouvais espérer m’élever de ma province reculée par la seule force des mots ?

    Je veux en tout cas saluer encore une fois tous les lecteurs qui ont suivi ma chronique. Je les remercie pour leur patience et leur ouverture d’esprit. Ils ont accepté la réception hebdomadaire de mes chroniques de résistance devenues récemment chronique d’espérance alors que la France se laissait croire au changement.

    Je n’ai jamais eu l’occasion de vous rencontrer physiquement mais la chronique fut le fil conducteur d’échanges de commentaires et de point de vue qui m’ont grandement enrichi.

    Aujourd’hui, je suis fatigué. J’ai besoin de faire le point, de me retrouver. Au-delà du carnaval quotidien, j’ai besoin de retrouver le silence de la sérénité pour tenter d’écouter ma voix intérieure qui me guidera vers une nouvelle espérance. The show must go on…

    Merci à tous très sincèrement,

    Jean-Louis Caccomo
    Perpignan, le 8 juillet 2008

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  6. Le « modèle » social français, mis en place depuis 1945, est en train de tuer le vrai modèle français qui comptait quelques siècles, comme la mauvaise monnaie qui chasse la bonne monnaie. C'est fatal : quand on mélange la médiocrité à l'excellence, on tue l'excellence. Et en interdisant la sélection à l'université, on se condamne impuissants à voir le niveau chuter.

    Depuis 30 ans, les talents français s’expatrient tandis que la France ouvre ses bras, au frais des contribuables paralysés, à toute la misère du monde en offrant des promesses intenables, ce qui est le moyen certain de tuer notre économie.

    Pourtant, dans l’industrie, comme dans les services, le taylorisme est fini et la qualité n’est plus compatible avec la quantité, dans le tourisme, l’université, la recherche ou l’industrie et la culture.

    La France peut encore tirer son épingle du jeu dans le tourisme de luxe, de santé et de bien-être où elle bénéficie d’un prestige mondialement reconnu et respecté. La France a toujours des avantages comparatifs indéniables dans la coiffure, les parfums, le vin, la gastronomie, la restauration et l’hôtellerie. Et les professionnels du tourisme savent générer de la valeur et de l’attractivité touristique (donc des marchés et des emplois) par la mise en réseau de ces talents et atouts dont notre terroir est rempli.

    Mes activités m’ont conduit à tester les formules SPA en Thaïlande, en Urkaine dans les dachtas de la mer noire, à Marrakech. Mais notre pays recèle de trésors inexplorés comme l’établissement de David Grand que je veux saluer ici :

    Le paradis du bien-être à Roanne : http://www.leparadisdubienetre.fr/

    Pour aller plus loin, voir JL Caccomo [2012] « Pour une taille optimale des destinations touristiques : un essai sur le concept de Zone Touristique Optimale », Revue Française de Tourisme, Espaces, Paris.

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  7. Pendant que cette sempiternelle question agite les débats confus entre les intellectuels français, la science économique évolue sans nous. Mais il est connu que nous avons l’art de nous enliser dans d’interminables débats qui ne débouchent sur aucune décision.

    On dit souvent que l’économie n’est pas une science parce qu’elle est traversée par différentes écoles. C’est hélas une erreur tragique qui contamine toute la pensée française et nous empêche de saisir pleinement la réalité des enjeux qui nous attendent inévitablement.

    On me rétorque alors, quand bien même elle serait une science, ce que l’on refuse néanmoins d’admettre, et le social ! Mais le « social » relève moins de la science que du registre des émotions et des rapports de pouvoir. De plus, l’économie montre que le « social » se résume nécessairement à une redistribution des richesses et qu’il faut donc au préalable produire des richesses pour pouvoir les redistribuer. Mais il y a un principe intangible : une redistribution trop massive des richesses finit toujours par étouffer et détruire le secteur productif lui-même. En économie, il est toujours question d’équilibre et de justes proportions.

    En fait, l’économie est pareille à la médecine. Quand on souffre de la grippe, on prend un remède adapté, souvent léger. Mais quand on souffre d’un cancer, on doit subir une chimiothérapie, ce qui est un traitement bien plus lourd. Et parfois, hélas, malgré le traitement adapté, on ne parvient pas à soigner le malade car c’est une nouvelle maladie et que nous n’avons pas les médicaments. Alors il faut faire de la recherche et la médecine évolue.

    Ainsi, il existe différents traitements selon les maladies diagnostiquées. Irait-on jusqu’à affirmer que la médecine ne mobilise pas des connaissances objectives reposant sur un savoir scientifique patiemment accumulé parce qu’il existe différents traitements correspondant à différents diagnostics ?

    Evidemment non !

    C’est justement parce que le médecin est animé par une démarche scientifique, dans un souci d’obtenir des résultats tangibles et mesurables, qu’il va d’abord procéder à un diagnostic, ce qui l’oblige à se confronter et à accepter les faits, aussi désagréables soient-ils.

    De la même manière, l’économiste dispose d’une boîte à outils riche et variée, résultat d’un long processus de recherche accumulée au fil des siècles. Il y a donc différents remèdes mais ils obéissent tous aux mêmes principes qui régissent les lois intangibles de l’économie.

    Alors, comme l’avait dit Tony Blair devant les députés français ébahis (maudits anglais qui viennent nous faire la leçon…), "il y a ce qui marche et ce qui ne marche pas". Et depuis la nuit des temps, l’évolution humaine s’explique par le fait simple et universel que les hommes ont tendance à se tourner vers les solutions qui fonctionnent (rationalité), à moins de vouloir se suicider. Tandis que ceux qui s’obstinent à s’accrocher et mettre en œuvre les solutions qui ne fonctionnent pas, mais dont le maintien par la force génère une désastreuse accumulation de coûts, ceux-là sont progressivement évacués de l’histoire.

    C’est tout simplement humain : les parents sont soucieux d’inscrire dans les écoles qui fonctionnent et les entreprises cherchent à recruter les employés les plus performants. Et nous avons tendance, dans nos relations personnelles, à être mieux influencés par ceux qui s’épanouissent.

    L’économiste raisonne donc ainsi, non pas parce que son modèle lui dit de raisonner ainsi, mais parce qu’il observe objectivement que les hommes se comportent ainsi quoiqu’il puisse dire, et surtout s’ils sont libres d’agir. Tous nos élus défendent avec force nos écoles publiques et le modèle universitaire français, mais en tant que parents, ils inscrivent leurs enfants dans des écoles privées ou des universités étrangères, en toute rationalité. Pourtant, nos écoles ne sont-elles pas gratuites ?

    Et il faut engager une force considérable et une énergie énorme, qui consomment toutes les forces productives, pour aller contre cet ordre spontané des choses.

    C’est pourquoi, dans les années 80, les régimes totalitaires à l’Est et les dictatures en Amérique Latine (mais aussi en Europe plus tôt, notamment en Espagne, au Portugal ou en Grèce), qui avaient l’ambition suicidaire d’échapper aux lois économiques, se sont effondrés, non pas à cause d’agressions extérieures, mais en raison de leur propre faillite économique. Aujourd’hui, ce sont les Etats-Providence européens, qui ont l’ambition démesurée de « réguler » ces mêmes lois et d’en corriger les « défaillances » supposées, sont au bord de la banqueroute.

    Pendant ce temps, par la « magie » d’un simple accord de libre-échange, la zone APEC est devenue le moteur de l’économie mondiale. Mais pour un économiste, il n’y a là rien de magique. Lorsque l’on ne comprend pas le monde, on proclame qu’il est devenu fou. Et au lieu de changer de modèle explicatif, on veut changer le monde lui-même pour l’adapter au modèle. Le monde n’est pas si fou, il faut simplement mettre les bonnes lunettes !



    Telle est la fonction de la science économique. Et il n’y a aucun brevet sur la science économique, elle est libre, tout est dans les livres, on n’a plus qu’à se servir et mettre les bonnes lunettes.

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  9. Une lecture superficielle du discours économique, cultivée par une certaine pensée radicale qui contamine grandement tous les relais d’opinion, pourrait laisser penser que l’économiste est systématiquement contre les hommes et femmes de l’Etat, prenant ainsi le risque de cultiver les pulsions poujadistes des citoyens et le rejet de la classe politique. Evidemment, une démocratie ne peut pas être dirigée par des militaires (dictature), ni par les syndicats (démocratie populaire). Nous sommes donc d’accord pour dire que nous avons besoins d’hommes et femmes politiques, et donc des partis politiques qui les forment et les font émerger sur la scène politique. Puisqu’il y a une demande, il faut bien une offre politique.

    Mais c’est justement parce que nous avons besoin que la démocratie vive et fonctionne, que ce personnel politique doit être compétent, rigoureux et responsable. Il appartient au marché du travail d’organiser la sélection des compétences. Soucieux d’efficacité, bénéfique à tous, l’économiste s’efforce seulement de traquer et de dénoncer l’incompétence, qui, si elle n’est pas détectée pour être corrigée, conduit aux pires dérives et gaspillages, surtout lorsqu’il s’agit des affaires publiques.

    Et cette contrainte d’efficacité s’impose à tous en raison même des lois de l’économie. C’est pour cela que nous devons tous rendre des comptes dans notre vie quotidienne, notamment à notre employeur (celui qui nous nourrit en fait).

    Un salarié qui ne fournit pas correctement son travail, alors qu’il perçoit régulièrement son salaire, met en difficulté son entreprise et risque à terme un licenciement. Un manager qui conduit son entreprise dans le mur, et mets donc en danger tout son personnel, risque d’être débarqué par ses actionnaires ou faire l’objet d’une OPA qui reprendra le contrôle de l’entreprise mal gérée afin de la redresser.
    Un trader fou, qui joue avec l’argent de ses clients, lesquels lui ont fait pourtant confiance, ne peut pas rester impuni. Une école supérieure qui délivre un diplôme, qui ne débouche sur aucun débouché, ne peut pas continuer à fonctionner…

    Il en est de même pour les hommes politiques qui sont en charge de la gestion du bien public, qui est notre bien collectif aussi précieux que les autres biens et services privés. Il doit donc être bien géré.
    Normalement, dans un Etat de droit fondé sur des institutions démocratiques, les électeurs sanctionnent, par les urnes, les gouvernements jugés incompétents. Et si les gouvernements ne les écoutent pas, ils voteront avec les pieds. Mais, au nom de l’alternance, il ne mène nulle part de remplacer des incompétents par de nouveaux incompétents…

    Pourtant, en France, on assiste impuissant, depuis trente ans, à la dérive des comptes publics, qui entraîne une dette dont le financement écrase à petit feu tout le secteur productif.

    Alors l’économiste rigoureux a le devoir d’alerter les autorités et l’opinion. L’impôt, comme la dette, ne sont légitimes que dans certaines proportions. C’est toujours une question d’équilibre. Et c’est précisément ce qui est proclamé dans le texte de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 et dans l’Esprit des Lois de Montesquieu.

    On en est aujourd’hui bien loin. Ainsi, le nouveau directeur de Sciences-Po Paris vient de découvrir que certains professeurs titulaires n’assumaient pas leur service horaire de cours mais touchaient malgré tout l’intégralité de leur traitement. Mais la cour des comptes enfonce le clou : « des primes en hausse de 60%, des rémunérations attribuées sans contrôle, des emprunts dangereux et un Etat qui ferme les yeux » publie Le Monde dans son édition du 9 octobre 2012.

    Moi qui croyais que ce genre de plaisanteries était réservé aux universités provinciales…

    Foncièrement optimiste, un économiste est évidemment un être naïf. Pourtant, je suis sûr qu’à Science-Po, il doit y avoir d’excellents économistes… Rassurez-moi !
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  10. Les belles âmes ne ratent plus jamais une occasion de fustiger le modèle capitaliste chinois et d’en dénoncer ses « horreurs », surtout depuis que la Chine est en passe de devenir la première puissance économique et, dans la foulée, la première destination touristique de la planète.

    Pourquoi ces satanés chinois ne sont-ils pas restés, comme dans les années 60, tous pauvres ? Pour nos penseurs officiels, les gens sont tellement plus sympathiques quand ils sont pauvres : ils auront besoin de notre aide, de notre compassion et de notre « solidarité ». On reconnait cependant là le schéma marxiste imperturbable : s’il y a des riches et s’il y a des pauvres, c’est parce que les riches ont exploité et pillé les pauvres. CQFD !

    C’est pourquoi ils convient de détester les riches (les américains, les patrons, les entrepreneurs, les footballeurs…) et aduler les pauvres. Puis, on finit même par détester les pauvres qui ont l’audace de réussir et de s’enrichir…

    Il est vrai que la Chine a finit, après tant de désastres humains, sociaux et culturels, par tourner le dos à la délirante et criminelle « révolution culturelle » théorisée et mise en œuvre par Mao. Quand j’étais étudiant, les rares chinois, que je fréquentais, avait fui leur pays et ils n’osaient pas toujours me parler, terrorisés par la police politique qui les poursuivait jusque chez nous (toujours bien accueillie par notre PCF local).

    Aujourd’hui, nos étudiants chinois retournent travailler dans et pour leur pays, à l’image de tous les étudiants chinois dans le monde. Quel contraste saisissant avec nos étudiants français qui sont obligés, à contrecœur ou avec enthousiasme, de s’expatrier pour faire une carrière à la hauteur de leurs ambitions ! Mais puisqu’ils sont motivés par leur seule carrière égoïste, sans doute ne sont-ils pas patriotes… Ne faudrait-il pas les punir ? Certains politiciens réfléchissent aujourd’hui à la question, faisant plancher leurs experts et leurs conseillers.

    Et nos étudiants français, comme les étudiants chinois, ont fait leurs études au frais du contribuable français alors qu’ils vont en produire tous les effets économiques et en tirer tous les bénéfices à l’étranger.

    C’est pour cette raison que j’ai dû mal à avaler les couleuvres de nos moralisateurs intolérants qui, pendant que Mao massacrait sa propre population au nom de « l’amour du peuple chinois et de la solidarité », étaient en France ses plus fervents admirateurs.

    Ainsi, la génération 68, menée notamment par un certain Cohn-Bendit, s’affichait, sans aucun état d’âme, maoïste, pensant ainsi prendre ses distances avec Staline, dont les atrocités étaient plus proches de nous. Le goulag, quand il est exotique et loin de nos regards, est sans doute plus sympathique [1].

    Mais diable ! Mao, tout comme Staline, avaient une référence commune et unique : ils ne faisaient que lire Marx et lui obéir scrupuleusement. Ces penseurs éclairés ne connaissent-ils pas à ce point leur propre culture politique ? Je peux comprendre qu’ils disent n’importe quoi en économie puisqu’ils ne feront jamais l’effort de lire les grands textes, mais c’est à se demander s’ils ont lu Marx, Lénine ou Mao. Et même si ces régimes politiques sont heureusement tombés aujourd’hui, on voit que les matrices intellectuelles, qui les ont forgé et cautionné, existent toujours ; surtout dans la tête de nos élites intellectuelles (merci Bourdieu), ce qui contribue à l’étouffement de toute lumière d’inspiration libérale et libératrice. Et pour ces penseurs, le libre-échange, la mondialisation, l’OMC, c’est forcément l’enfer et le diable ultime malgré que l’histoire enseigne que les camps et les déportations furent organisés par les régimes du socialisme réel. Mais non ! La réalité a forcément tort quand on ne veut pas changer le modèle explicatif du monde qu’il serait sacrilège de critiquer. L’horreur est libérale voire néolibérale, donc les systèmes alternatifs au libéralisme ne peuvent être donc que progressistes.

    Avec le temps, tous ces maoïstes convaincus, devenus nos références morales, sont aujourd’hui députés européens, experts en pédagogie permanents auprès de l’éducation nationale, chercheurs éminents en sciences sociales ou encore conseillers économiques auprès de l’UNEF, d’ATTAC et du PS…

    J’avoue que les charmes et les mystères de notre exception culturelle – à défaut d’une révolution culturelle – me laissent toujours perplexes et pantois. Mais elle explique certainement notre fermeture, nos retards économiques et la chute inexorable de la croissance.

    [1] Delsol C., Grimpret M., Liquider Mai 68, Presses de la Renaissance, Paris.

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