1. Les théoriciens de la concurrence imparfaite, en banalisant l’adjectif « imparfaite », considèrent que l’on ne peut décidément pas faire confiance en la concurrence pour concilier les intérêts nécessairement divergents (à court terme néanmoins) des protagonistes du marché. La « concurrence imparfaite » est cependant un concept dérivé du modèle de « concurrence pure et parfaite » auquel il prétend se substituer en l’affinant. Pourtant, le modèle, même affiné, n’est sans doute pas une représentation fiable de la réalité des processus de marché. Si la plupart des manuels d’économie proposent des présentations détaillées et abondamment illustrées des modèles de concurrence imparfaite, ils éludent le plus souvent une telle question qui implique de revenir sur les fondements philosophiques du principe même de concurrence. Considérons l’exemple du marché du travail pour illustrer ce propos. Il est clair que le monde réel, dans lequel nous vivons tous, est loin d’être parfait. Il est clair aussi que la concurrence telle qu’elle existe, dans le monde réel, est quelque chose d’autre que la « concurrence pure et parfaite ». Pourtant, l’origine des défaillances constatées est loin d’être établie clairement. Si une grande partie des économistes se montrent favorables à l’idée d’encadrer la concurrence par des instances extérieures au marché, c’est soit qu’ils ont une conception néoclassique de la concurrence, soit qu’ils ne reconnaissent aucunement les vertus du marché libre (keynésiens, marxistes, régulationnistes…). En agrégeant tous ces courants de pensée, on obtient finalement la majorité des économistes qui considèrent qu’il y a des imperfections qu’il faut – et que l’on doit - corriger. Mais, si les développements récents vont dans le sens de la législation de la concurrence, c’est notamment en raison de l’impossibilité de se rapprocher, dans la réalité, des conditions de la concurrence pure et parfaite telles qu’elles ont été définies par la théorie. Pourtant, sommes-nous certains de la pertinence des références en ce domaine ? La question est loin d’être anodine car, si la référence est fausse, alors les conclusions le sont tout autant et ce que nous appelons « défaillance » est alors tout autre chose . Le marché du travail en France est caractérisé aujourd’hui par la coexistence d’un côté d’un nombre important de chômeurs de longue durée et de chômeurs diplômés ; et d’un autre côté, par une pénurie croissante de personnel dans un nombre important de secteurs, que ce soit de personnel qualifié ou non. Le moins que l’on puisse observer est donc une grande défaillance dans la quête d’un équilibre du marché du travail. Face à ce constat, on en appelle généralement aux pouvoirs publics. Pour autant, le marché du travail en France est-il l’exemple d’un marché libre ou d’un marché perturbé à force de réglementations et de collectivisation des processus de négociation qui empêchent tout ajustement fin des offres et des demandes ? Il suffit de mentionner l’existence du S.M.I.C., de la complexité du droit du travail, du poids des charges sociales, des nouvelles réglementations, du poids de l’Etat dans l’éducation et la formation pour constater qu’il n’existe pas, dans les faits, un réel marché du travail sur le dos duquel on pourrait imputer la responsabilité du chômage. Sans avoir la prétention de trancher une question si complexe, l’économiste n’a pas le droit de s’interdire de se poser la question inverse. N’est-ce pas plutôt les tentatives constantes et maladroites de régulation forcée et de manipulation de l’offre et de la demande de travail, par des mécanismes réglementaires et administratifs (telles les conventions collectives qui se substituent de plus en plus au contrat de travail dont le fondement est individuel) qui neutralisent toutes possibilités d’ajustement fin, qu’il soit quantitatif ou qualitatif. Le moins que l’on puisse constater est que cette tentative de « régulation » se solde par de terribles et coûteux échecs. Si les échecs de la régulation sont plus coûteux que les imperfections de la concurrence qu’elle était censée corriger, n’aurait-on pas plus intérêt à restaurer les conditions du plein épanouissement des lois économiques ? En tout cas, la redoutable question du chômage nous renseigne plus sur les défaillances de l’administration et de sa gestion que sur les prétendues défaillances inhérentes à un marché libre. Car comment imputer le déséquilibre constaté aux défaillances d’un marché qu’on empêche précisément de fonctionner ?
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  2. Mon premier souci d'économiste est de m’efforcer de poser des problèmes de fond dans un langage accessible, lesquels auront de grandes chances d'être illustrés par l'actualité en vertu du principe « plus ça change, plus c'est la même chose ». Quand j'évoquais, dans une récente chronique, que tout a un prix et que je considérais des exemples sur le marché immobilier ou dans le domaine de la santé, je ne me doutais pas - mais j'aurai dû m'en douter - que les socialistes proposeraient, dans leur élan démagogique (et quand ils ont pris conscience qu’ils allaient perdre le pouvoir), l'équivalent de la CMU dans le domaine du logement. Que l’on se comprenne bien, mon souci n'est pas de défendre le marché, les patrons ou les profits ; d'ailleurs, les patrons sont bien les derniers à apprécier la concurrence tant celle-ci est une menace constante sur leurs profits. Mais, mon sentiment et mon opinion importent peu, à vrai dire ; les phénomènes économiques existent indépendamment de mon sentiment et de mon opinion. Et, ils existent indépendamment de votre sentiment. Nier et refouler le marché ne nous aidera jamais à le comprendre…mais le marché continuera alors d’exister à notre insu. Mieux vaut en connaître les ressorts et les mécanismes pour atteindre les objectifs économiques et sociaux les plus nobles. Un économiste de bon aloi ne peut pas faire comme si les marchés et leurs principes de fonctionnement n’existaient pas. Il y a une telle confusion aujourd'hui dans l'enseignement en général, et dans les formations économiques en particulier, que n'importe quel manipulateur de foule peut s'autoproclamer « économiste alternatif ». Les discours pompeux de José Bové sont étudiés par les bacheliers et la revue « Alternatives Economiques » est devenue la source officielle des enseignants du secondaire. Le débat est descendu dans l'arène médiatique : sous prétexte d'égalité, tout le monde interpelle tout le monde. Mais, à quel titre ? Avec quelles compétences ? Le moindre quidam va émettre des propos sur les marchés financiers, le financement des retraites ou l'effet de serre sous le prétexte de démocratie totale. Mais, dans ce vacarme où celui qui parle le plus fort croit avoir raison sur les autres, on oublie les données, les hypothèses de travail ou les références théoriques. La validité d’un raisonnement et la portée d’une réflexion ne se décrètent pas par la violence. Si le vrai débat est déjà difficile entre chercheurs professionnels (qui peuvent être tentés par les sirènes de l’audimat plutôt que par les rigueurs de l’objectivité), il devient cacophonie et verbiage quand il tombe sous les micros piégés des manipulateurs d'opinion. Accepterait-on que n'importe qui se proclame pilote d'avion ou chirurgien ? Pourtant, en France, un charlatan peut se trouver en situation de diriger tout un pays et de le plonger dans la misère et le chaos. Certains dirigeants d'entreprise peuvent s'avérer être aussi des charlatans; ceux-là doivent pouvoir être poursuivis et ne doivent pas s'accrocher à leur place puisqu'ils mettent en danger les employés, les actionnaires et les clients. En général, c’est justement la sanction du marché – c’est-à-dire la faillite – qui est la procédure de sélection et d’élimination la plus efficace. Et c’est bien là la fonction régulatrice du marché. Mais, la classe politique française s’est arrogée le monopole de la représentation nationale et de l’expression de l’intérêt général. On serait alors en droit de la soumettre, à chaque consultation électorale, à un audit objectif en comparant les promesses proclamées aux résultats observés. Car, les hommes et femmes politiques ne doivent pas non plus s'accrocher aux postes de pouvoir dès lors qu'ils ont détourné et perverti ce pouvoir. On a glosé, dans un passé récent, sur les malversations de l'entreprise Eron comme on feignait de s’inquiéter du sort de l’Argentine. Dans les deux cas, nous dit-on, il y aurait là les signes évident de la crise – tant de fois annoncée - du capitalisme… Dans le cas de l'Argentine, les analystes du Wall Street Journal tiraient déjà sur la sonnette d'alarme, il y a déjà près de 10 ans, et mettaient en garde sur la politique économique de ce pays sans cesse financée par un déficit public voué à s'accroître (puisqu'il ne finançait aucune réforme sérieuse). Mais, les discussions autour de la faillite d'Eron sont plus révélatrices sinon intéressantes. Ce n'est pas la première fois - ni la dernière - qu'une grande entreprise fait faillite aux USA. La faillite est au cœur du principe de fonctionnement de l'économie de marché, notamment aux Etats-Unis où l’Etat se montre moins interventionniste. Si les patrons ou managers s’attendent à ce que l'Etat vienne automatiquement au secours de leurs entreprises dès lors qu’elles sont en difficulté - comme en France où les patrons ne se privent pas de faire un chantage au social -, alors il y a fort à parier que les entreprises seront mal gérées et les ressources très mal allouées. Il n'y avait pas de faillite dans l'économie soviétique... mais c'est l'économie soviétique dans son ensemble qui a fait faillite. On peut néanmoins comprendre les dirigeants d'entreprises françaises dans le sens où l'Etat français contribue, pour une part importante, à dégrader la situation financière des entreprises (notamment dans le cas d'une liquidation financière où l'Etat fait partie des créanciers prioritaires, ce qui contribue à accentuer les difficultés des autres créanciers). C'est le risque réel de faire faillite qui pousse les acteurs économiques à essayer de faire des choix les plus efficaces possibles, même s'ils ne détiennent jamais de certitude à ce propos. La faillite d’une entreprise n'est donc en rien la faillite du système économique ; elle prouve au contraire que le système fonctionne, en éliminant les entreprises qui gaspillent des ressources (forcément limitées) qui pourraient être mieux utilisées par d'autres managers (qui dans ce cas se proposeront de racheter les actifs de l'entreprise en faillite, ces derniers conservant une valeur aux yeux des repreneurs potentiels...du moins tant qu'il y a des repreneurs). Rappelons qu’une entreprise est une « personne » morale qui résulte d'un ensemble de contrats : la faillite signifie donc la disparition de ces contrats, non des individus eux-mêmes, lesquels se trouvent libérés de leurs engagements pour effectuer d'autres contrats plus viables (puisque la faillite indique que les précédents contrats n'étaient pas tenables). Il n'y a qu'en France que l'on croit que l'on puisse interdire les licenciements ou supprimer les faillites, l'Etat se portant au secours des entreprises en difficulté (mais ce principe aboutit à ce que toutes les entreprises se tournent inévitablement un jour vers l'Etat lequel fera faillite à son tour). Un Etat interventionniste, qui nourrit l'illusion de réguler l'économie, fragilise les acteurs économiques - qui ne sont plus capables ni de prendre des décisions, ni de les assumer - et prend le risque de ruiner toute l'économie, entraînant la société toute entière dans son naufrage. C'est précisément ce qu'il s'est passé en Argentine ou en URSS...et peut-être en France un jour, s'il n'y a pas de changement politique marquant ou de véritable prise de conscience de la part de l'opinion. Mais la faillite d’une entreprise est l’arbre qui cache la forêt car que devons-nous alors penser du parcours de Microsoft, Sun, HP, Apple ou Facebook ? Ce sont des entreprises qui ont débuté avec un capital-risque somme toute modeste en comparaison de l'argent public engouffré dans nos « champions nationaux ». Ces entreprises sont aujourd'hui des firmes multinationales qui font vivre des milliers de salariés, d'actionnaires tout en répondant aux besoins de leurs clients. Dans ce cas, c'est le succès même de l'entreprise que l'on va condamner : on va, par exemple, reprocher à Microsoft d'être en situation de monopole. Lorsqu'une grande entreprise fait faillite, on l'assimile à la faillite du système lui-même ; et lorsqu'une petite entreprise devient un grand groupe, on crie au danger en délirant sur le pouvoir des firmes multinationales. Aujourd’hui pas plus qu’hier, le capitalisme n’est en crise. Ceux qui prennent prétexte des faillites ou des malversations de quelques groupes internationaux pour réglementer l’économie et « réformer le capitalisme » se réclament de principes qui partout où ils ont été appliqués ont conduit des pays entiers à la faillite parce qu’ils ont neutralisé le seul principe de régulation qui fonctionne, c’est-à-dire le marché. Certes, le marché est loin d’être parfait mais il fonctionne et il est bien réel alors qu’une organisation parfaite n’est que chimère puisque toute construction humaine est nécessairement perfectible. En empêchant la faillite des acteurs qui ne contribuent pas à créer de la richesse, on fragilise l’ensemble du système. Et c’est seulement une variation libre des prix qui nous permet de savoir si les richesses sont correctement allouées. L’histoire a montré ce que la théorie soupçonnait : il n’y a aucune exception à la faillite du communisme. Partout où il a été expérimenté, à l’Est (Russie) comme à l’Ouest (Cuba), en Europe (R.D.A.) comme en Asie (Vietnam ou Corée du Nord), au Nord comme au Sud, l’application systématique de principes alternatifs à une économie libre a conduit aux mêmes résultats : écrasement des peuples, arrêt de la croissance et appauvrissement du pays, exode des élites. Il n’y a aucune exception et l’expérience fut massive. Qui peut citer un pays communiste riche ? Il n’y a même pas une exception pour confirmer la règle ! Tous ceux qui ont eu la prétention de s’opposer à la régulation libre et spontanée de l’économie par le jeu de la concurrence, qui implique la possibilité de la faillite, ont propagé la faillite elle-même. Autrement dit, dans le contexte d’un marché libre, la faillite peut se produire mais elle est locale ; dans le contexte d’une économie administrée et planifiée, la faillite se produit nécessairement et elle est globale. Et ce sont les orphelins du communisme qui prétendent donner des leçons de saine gestion aux pays capitalistes ! Dans une économie libre qui autorise le développement de millions d’entreprises, il y a nécessairement quelques entreprises douteuses et mal gérées ; mais celles-ci seront inéluctablement évincées par la concurrence. La faillite d’une entreprise mal gérée n’est certainement pas le signe que le capitalisme est en crise. Les naïfs et les ignorants le croyaient déjà au XIX° siècle. C’est au contraire la preuve que le marché fonctionne : les entreprises qui satisfont clients, salariés et actionnaires détiennent la clé du succès alors que celles qui trompent clients, salariés et actionnaires sont inévitablement sanctionnées par le marché. Si à court terme les attentes des clients, des salariés et des actionnaires paraissent contradictoires, elles sont à terme nécessairement complémentaires puisque tous ont intérêt à ce que l’entreprise perdure et se développe. D’ailleurs, seule la vision marxiste sépare ces différents acteurs de l’économie en classes distinctes et antagonistes alors que, dans les faits, nous sommes tour à tour en situation de salariés (quand nous louons notre force de travail ou nos compétences), d’actionnaires (quand nous plaçons notre épargne) et de clients (lorsque nous consommons). Et l’on doit forcément travailler, consommer et épargner… L’observation des faits, l’étude de l’histoire économique et la théorie enseignent que les marchés, les industries, les produits et les entreprises obéissent à des cycles de vie à l'intérieur duquel la possibilité de grandir ou de faire faillite joue un rôle fondamentalement régulateur. Les problèmes systémiques commencent lorsque l’Etat cherche à contrarier ces mécanismes.
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  3. « Il est fort inutile que l’autorité se mêle d’encourager ce qui est nécessaire. Il lui suffit de ne pas l’entraver ». Benjamin Constant Il y a vraiment en France un culte autant omniprésent qu'envahissant de l’Etat et une mise en scène du discours de l’Etat. On voudrait croire que ce qui était impossible hier devient impossible aujourd’hui parce que l’on a changé de président de la République. En 1981, les français descendent dans la rue en liesse pour saluer l’élection de Mitterrand : enfin, la vie va changer car telle était le slogan des socialistes « changeons la vie » ! Finalement, au-delà du combat réellement virulent dans lequel s’inscrivent les candidats de tout parti, on retrouve un même discours destiné à présenter le politique comme un régulateur sinon comme un sauveur. L’Etat doit nous protéger de tout : de la mondialisation, de l’alcool, des sectes, de la concurrence déloyale, de la vie, de la science et ses dérives. La lecture de la Une du journal « Le nouvel Economiste » (édition n° 1420) est à révélatrice de notre attachement viscéral en la croyance à la capacité régulatrice de l’Etat. L’éditorial annonçait la couleur avec le titre « Une économie plus politique ». Selon l’édito en question, il appartient « Au Politique de reprendre la main et de réaffirmer ainsi sa primauté sur l’Economique ». Dès la première page, la finance est présentée comme une « créature » dont le pouvoir politique devrait reprendre le contrôle. Plus bas, un article sur la grande distribution interroge : « l’Etat, nouveau grand commandeur ? ». L’Etat, l’Etat, toujours l’Etat et rien que l'Etat. Heureusement, Le Nouvel Economiste n’est tout de même pas l’Humanité et rendons hommage à son édition n° 1418 qui consacra une étude passionnante sur la situation culturelle de la France. Les auteurs reconnaissent que cette prétention de l’Etat à tout régenter n’est pas sans conséquence sur notre moindre rayonnement culturel. Même en ce domaine, le tout-Etat tue l’innovation et la créativité, et « l’art doit apprendre à être moins étatico-dépendant » (Le Nouvel Economiste n° 1418). On apprend (mais serait-ce un scoop pour un libéral) que ceux qui sont chargés de répartir les subventions à tel ou tel projet culturel ne sont ni les plus compétents (en matière culturelle) ni les plus désintéressés (électoralement parlant). On retrouve les mêmes aberrations dans les critères d’allocation de l’argent public pour les projets de recherche. Et même quand les fonctionnaires, chargés d’allouer l’argent public, sont d’une grande qualité et d’une grande probité, c’est le mode de fonctionnement même des structures centralisées qui les met en situation d’asymétrie d’information : « De commissions en inspecteur à la créativité, le maquis bureaucratique a transformé l’art en une machine à distribuer des subventions ». Le pire est que cela n'empêche pas les grèves récurrentes des intermittents du spectacle en pleine saison touristique. Hélas, ce n’est pas propre à l’art, mais à tout les domaines que l’Etat va phagocyter. La qualité des personnes n’est pas en cause, c’est dans la nature même des organisations centralisées.
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  4. « La protection incite à la démission autant que la concurrence invite au dépassement de soi » [1].

    Même s’il existe une guerre économique, qu'il nous faut assumer mais qui est un dévoiement de la concurrence, la compétition n’est pas toujours la jungle sauvage décriée par les ennemis si nombreux de la mondialisation, à condition de bien la définir.
    La compétition ne doit pas consister pas à écraser les autres, ça c’est la guerre (économique) et ça n’engendre que malheur, destruction de richesses et désolation. Quand vous écrasez quelqu’un, vous semez toujours les germes de la rancœur, de la frustration, de la jalousie et de la haine ce qui finira toujours par se retourner contre vous, et les autres seront irrémédiablement vos ennemis.
    Et il vous faudra consacrer une énergie considérable pour vous en protéger.

    La compétition saine consiste à se "frotter aux autres" et on a tous à y gagner : on s’améliore dans le même temps que l’on fait évoluer les autres et ils vous en seront toujours reconnaissants.

    Bien-sûr, si une équipe de 4ième division se frotte aux champions du monde, elle perdra systématiquement, ce qui est démotivant et contre-productif. Et si elle joue toujours contre la plus faible, elle gagnera toujours et n’en retirera aucune satisfaction, aucun mérite et aucun enseignement.

    Il est donc essentiel de bien choisir son étalon de mesure, son benchmark. Et pour bien le choisir, il faut bien se connaître soi-même, ce qui implique de faire un travail sur soi d’évaluation profonde. Ainsi, en allant vers les autres (ce qui n’est pas toujours facile), on apprend en fait à découvrir qui l’on est vraiment et quelle est notre véritable valeur personnelle. En s’ouvrant aux autres, on apprend à mieux se connaître.

    On a donc tout à apprendre à s’ouvrir aux autres et à l’extérieur, que l’on soit un individu, une université, une entreprise ou un pays. Dans tous les cas, les organisations humaines ne sont toujours composées que par les individus qui les font vivre ou mourir selon que ses membres s’épanouissent, s'accomplissent, se referment sur eux-mêmes ou se figent.

    Nous sommes avant tout un peu tous prisonniers des chaînes dans lesquelles nous nous sommes nous-mêmes enfermées.

    C’est pourquoi le repli sur soi, le protectionnisme à tout crin, la fermeture systématique nous appauvrissent systématiquement et que l’économie, comme les hommes et les femmes, ne s’épanouissent et ne s’enrichissent que dans les échanges et l’ouverture au monde extérieur.
    Car l’économie n’est faite que par les hommes et les femmes qui la composent, c’est-à-dire par définition des êtres humains faillibles et perfectibles.

    [1] Mathieu Laine, La France est foutue, Editions JC Lattès, Paris 2007, page 94.

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  6. Imaginez un homme malheureux dans son couple. Il décide de changer de femme, mais il est encore malheureux. Il change à nouveau mais il reste toujours malheureux. A votre avis, qui a un problème ? L'homme ou la femme ?

    C'est pareil en politique française depuis des décennies. Les français changent constamment de majorité et de dirigeants pour installer un nouveau gouvernement. Mais ils restent mécontents, malheureux et déçus. Aussitôt, ils manifestent et revendiquent dans la rue.

    Les chômeurs perdent le sens et le goût de leur vie tandis que les actifs deviennent hyperactifs, battant le record de consommation d'anti-dépresseurs. Qui a un problème ? Les français ou les politiques ?

    N'est-ce pas les deux qui sont sans doute entraînés sur la pente d'un divorce fatal pour la démocratie... C'est cette réflexion qui m'a poussé à écrire mon nouveau livre, publié aux éditions Tatamis, après des années de lectures théoriques et d'observation aiguisée de l'actualité française et internationale.



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  7. Il existe en microéconomie une loi fondamentale qui a des implications macroéconomiques considérables à la fois sur le plan de l’économie nationale qu’au niveau de l’économie mondiale. Au-delà de son expression mathématique qui - mal comprise - risque de nous faire passer à côté de l’essentiel du message économique, il convient d’en bien saisir toute sa signification [1].

    Cette loi est connue sur le nom de loi des rendements marginaux décroissants qui est, pour un économiste, quasiment une loi naturelle [2]. En effet, elle est ancrée dans notre nature biologique d’être vivant même : il faut accumuler et reconstituer un stock de calorie (par la consommation) pour pouvoir fournir de l’énergie (pour la production et le travail).
    Quand on a des faibles performances dans un domaine quelconque, il est plus facile d’accroitre ses performances que lorsque l’on a déjà atteint un niveau de performance élevé. Plus on s’approche de son potentiel, plus on a épuisé les possibilités d’accroissement de nos performances. Ou alors il faut accroître ce potentiel lui-même (réformes structurelles).

    Ainsi, je dis à mes étudiants qu’il est plus facile de passer d’une note de 5/20 à 10/20 en se mettant sérieusement au travail, ce qui nous fait une progression de 100 %. Mais on comprend bien que, en progressant, on ne pourra pas maintenant le même taux de croissance de 100 % et qu’il est extrêmement difficile de passer de 17/20 à 19/20, à l’image du champion de saut en hauteur qui veut augmenter son record d’un tout petit centimètre. Le dernier « petit centimètre » est plus dur à gagner que le premier « petit centimètre » même s’ils ont objectivement la même taille. Dans le film de Luc Besson « Le grand bleu », Jean Réno, qui joue le rôle du plongeur qui veut battre le record du monde de plongée en apnée, dit : « Un mètre tout au fond n’a pas la même longueur qu’un mètre à la surface ».

    C’est pourquoi les pays émergents peuvent afficher des taux de croissance insolents qui ont frôlé les 10 % pendant des années (et plus de 5 % aujourd’hui) car ils partaient de très bas, ils avaient un niveau faible d’accumulation du capital et, en conséquence un niveau élevé du rendement marginal du capital.

    Mais examinons justement les conséquences d’une telle proposition dans une économie ouverte. Les capitaux, qui circulent librement, vont s’investir dans les pays (investissements directs) qui proposent les meilleurs rendements, donc dans ces pays émergents, ce qui permet précisément à ces pays de trouver les financements leur permettant de financer les investissements. Ainsi, l’accumulation du capital s’accroit, ce qui nourrit la croissance de ces pays, et par contrecoup, la croissance de l’économie mondiale.
    En conséquence, le niveau du capital par travailleur va s’accroître et donc les rendements marginaux (le supplément de rendement obtenu par chaque dose d’investissement) diminuent jusqu’au point où les capitaux vont se placer dans d’autres pays qui présentent de meilleurs rendements, donc de meilleurs potentiels de croissance, pour nourrir la croissance mondiale.

    On voit donc que la mobilité internationale des capitaux permet d’exploiter tous les gisements de croissance au niveau mondial, générant un processus de rattrapage de croissance des pays : les pays qui décollent connaissant les plus forts potentiels de croissance (la barre est très basse), ils attirent les capitaux qui vont justement nourrir cette croissance (ils peuvent monter le niveau de la barre).

    Mais voilà, au nom d’une vision statique et idéologique du monde, qui assimile la libre circulation des capitaux à la spéculation forcément coupable, les gouvernements vont s’empresser de mettre en place une taxation des mouvements financiers, emboitant bêtement les propositions délirantes d’ATTAC. Le drame est qu’ils vont justifier la mise en place de cette taxe par le motif évidemment noble – et donc non critiquable - du soutien au développement et la lutte contre la pauvreté dans le monde.

    Or, l’aide (le produit ainsi récolté de la taxe) est généralement collectée par les Etats et donc versée par le haut à des Etats. Ces Etats, qui bénéficient de l’aide, ont souvent des régimes politiques corrompus, immoraux et inefficaces à l’origine de la pauvreté même de leur pays, ce qui cautionne précisément ces régimes politiques en les faisant durer alors que les habitants fuient leur pays.

    Mais, la mise en place de la taxe, en freinant la circulation internationale des capitaux (ce qui est son objectif affiché et recherché), est précisément à l’origine du ralentissement de la croissance dans ces pays, ce qui compromet leur développement. Encore une fois, que ce soit au niveau national ou au niveau international, la taxe se propose de réparer ce qu’elle a en fait elle-même provoquer : l’Etat vous casse la jambe d’un côté et il se propose en sauveur en s’octroyant le monopole de la fourniture des béquilles de l’autre côté. Mais comme il faut bien justifier la taxe sur la longue période, il vous recassera la jambe à nouveau lorsque celle-ci sera réparée de sorte que l’économie est structurellement sous son potentiel de croissance. Vous êtes structurellement handicapé.

    Les pays émergents, en s’ouvrant aux investissements directs et aux échanges internationaux, notamment dans la zone APEC ont ainsi exploité tout le potentiel de croissance de l’ouverture et sont aujourd’hui devenu la locomotive de la croissance mondiale. Ce n’est pas la mondialisation le problème, ce sont nos structures qui sont inadaptées.

    En économie ouverte, même si l’épargne des français est abondante, elle ira se placer dans les pays émergents qui offrent les meilleurs rendements. Faut-il alors se protéger du monde et s’exclure du marché mondial des capitaux et donc de la liberté de circulation des capitaux qui est son corolaire ? Non car nos blocages sont précisément internes et structurels.

    Encore une fois, ils sont liés à une vision statique (approche keynésienne), quand ce n’est pas marxiste (haine du capital forcément néfaste et exploiteur des masses), de l’économie abondamment diffusée par les médias perroquets.
    C’est en effet la seconde implication de la loi des rendements marginaux décroissants. Que dit-elle au fond ? Permettez-moi, pour mieux me faire comprendre et plutôt que de vous ennuyer avec des mathématiques, d’utiliser à nouveau une image sportive.

    Le problème du sauteur en hauteur (mais c’est valable pour les sports) est de trouver son potentiel optimal de performance : s’il place la barre trop bas, il va la franchir aisément (rendement marginal élevé = il peut accroitre fortement ses performances s’il saute à nouveau) ; s’il place la barre trop haut, il passe en dessous et il va se décourager. Ou alors il faut qu’il se dope (surendettement, inflation). Le niveau optimal pour lui se situe entre ces deux niveaux, correspondant à son potentiel productif. Maintenant, s’il veut sauter plus haut dans le futur (et battre de nouveau record), il faut d’abord s’entraîner (épargner pour investir) pour accroitre son potentiel productif lui-même.
    Mais lorsque le sauteur est en-dessous de son potentiel (le rendement marginal est élevé), c’est que la barre est trop basse. Que fait-il logiquement pour progresser ? Il remonte la barre et pas l’inverse. Il travaille plus. Or, que dit-on et que fait-on chez nous depuis des années ? L’INSEE observe, chaque année, que la productivité du travail est élevée en France, plus précisément, que le rendement marginal est fort. C’est précisément parce que notre économie est sous-capitalisée : la barre est trop basse compte-tenu de notre potentiel économique.

    Mais qu’en concluent les socialistes, qui s’appuient sur une vision statique de l’économie : puisque le rendement des travailleurs est élevé, alors on peut réduire le temps de travail (35 heures). Mais, une analyse dynamique de l’accumulation du capital, qui explique les phénomènes de croissance, explique que c’est précisément le contraire qu’il faut faire : nous sommes en situation de sous-capitalisation car nous ne travaillons pas assez ! C’est comme si vous faisiez dix pompes pour vous muscler et que vous n’êtes pas fatigué : vous pouvez faire facilement la onzième, vous avez encore du « jus » (rendement marginal), alors vous allez décider de faire moins de pompes ? Mais alors vous ne vous musclerez jamais.

    La sous-capitalisation de l’économie correspond à la situation du sauteur qui a mis la barre trop bas, il a donc beaucoup de la marge de progression, il va donc monter la barre, et non pas la baisser. Car s’il la baisse, il va se croire très fort mais il va connaître la douche froide le jour de la compétition avec les autres sauteurs qui se sont sérieusement entraînés.

    C’est le problème structurel majeur de l’économie française : nos experts mesurent fort justement que le niveau des rendements marginaux sont élevés, mais ils en concluent (fort bêtement) qu’il faut baisser le temps de travail. C’est donc comme si le sauteur baissait sa barre alors qu’elle est déjà en dessous de son potentiel. Alors, du coup, en s’ouvrant à la compétition internationale, on se rend compte que l’on ne résiste pas à la croissance des pays émergents plus travailleurs et plus compétitifs.

    Refusant de voir la réalité en face, on accuse alors cette ouverture et cette compétition (c’est la faute des autres sauteurs si je me suis mal entraîné) alors que nos rendements élevés, en économie ouverte, sont susceptibles d’attirer les capitaux motivés par la perspective de rendements plus forts. Alors on taxe les capitaux, ce qui diminue finalement le rendement et donc l’attrait qu’exerçaient ces rendements. Et on se tourne vers l’Etat, pour soutenir l’économie et défendre les emplois, alors que l’on met en œuvre nous-mêmes, par notre vision absurde et inversée de l’économie, les mesures qui frappent de plein fouet les mécanismes de croissance eux-mêmes.

    Encore une fois, la misère et la fin de la croissance proviennent souvent d’une ignorance crasse de lois économiques simples mais que l’on refuse de comprendre alors que leurs implications sont considérables, contenant notamment les clés de la richesse et de la croissance.
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    [1] La dérivée partielle de la fonction de production, qui est donc positive, nous donne le rendement du facteur de production, c’est-à-dire la productivité marginale du travail ou du capital. Si on augmente le niveau d’un facteur, on produit plus.
    La dérivée de la dérivée, soit la dérivée seconde, nous donne donc l’évolution de ce rendement qui est négative : la progression des rendements diminue avec l’accroissement du facteur. Le rendement du facteur augmente de moins en moins vite.


    [2] Elle fut d’ailleurs énoncée rigoureusement par David Ricardo qui observait le phénomène d’épuisement des rendements dans le secteur agricole. Mais, bien comprise, on la retrouve partout, dans tous les domaines de l’action humaine.

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  8. The show must go on…

    Ma vie est à un tournant qui me conduit à me poser les questions plus fondamentales et les plus douloureuses. Certaines de ces questions aboutissent à des décisions tandis que d’autres débouchent sur de nouvelles questions.

    J’ai en tout cas pris la décision d’écrire aujourd’hui ma dernière chronique. Je suis désolé pour mes nombreux lecteurs qui ont souvent été aussi attentifs que fidèles. Ce fut une expérience fantastique pour moi alors que je faxais mes premières chroniques en quelques exemplaires destinés à des amis toujours trop rares.

    Mais c’est un exercice épuisant qui nous entraîne dans une virtualité bien dangereuse. Parfois, j’ai tellement l’impression de ressasser, de faire les mêmes constats, de proposer des pistes pour le changement dans un vide vertigineux. Mais à quoi bon... Quel est l’impact ? Qui nous écoute ?

    Finalement, j’avais l’impression de me défouler, suscitant la colère et la haine de mes ennemis (qui n’hésitaient pas à m’envoyer mes menaces ou des messages d’insultes) et l’admiration sincère de mes amis. Mais ces lignes sont comme des gouttes d’eau dans un océan de bruits et de tumultes duquel il ne sortira pas grand-chose puisque tous les avis se brouillent et se neutralisent.

    J’aurai secrètement espéré qu’un éditeur repère mes écrits sur les blogs… mais les choses ne se passent pas ainsi dans la vraie vie. Il faut être dans les circuits idoines, dans les lobbies dominants. Il faut avoir des appuis. Comment ai-je pu avoir la prétention de croire que je pouvais espérer m’élever de ma province reculée par la seule force des mots ?

    Je veux en tout cas saluer encore une fois tous les lecteurs qui ont suivi ma chronique. Je les remercie pour leur patience et leur ouverture d’esprit. Ils ont accepté la réception hebdomadaire de mes chroniques de résistance devenues récemment chronique d’espérance alors que la France se laissait croire au changement.

    Je n’ai jamais eu l’occasion de vous rencontrer physiquement mais la chronique fut le fil conducteur d’échanges de commentaires et de point de vue qui m’ont grandement enrichi.

    Aujourd’hui, je suis fatigué. J’ai besoin de faire le point, de me retrouver. Au-delà du carnaval quotidien, j’ai besoin de retrouver le silence de la sérénité pour tenter d’écouter ma voix intérieure qui me guidera vers une nouvelle espérance. The show must go on…

    Merci à tous très sincèrement,

    Jean-Louis Caccomo
    Perpignan, le 8 juillet 2008

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  9. Le « modèle » social français, mis en place depuis 1945, est en train de tuer le vrai modèle français qui comptait quelques siècles, comme la mauvaise monnaie qui chasse la bonne monnaie. C'est fatal : quand on mélange la médiocrité à l'excellence, on tue l'excellence. Et en interdisant la sélection à l'université, on se condamne impuissants à voir le niveau chuter.

    Depuis 30 ans, les talents français s’expatrient tandis que la France ouvre ses bras, au frais des contribuables paralysés, à toute la misère du monde en offrant des promesses intenables, ce qui est le moyen certain de tuer notre économie.

    Pourtant, dans l’industrie, comme dans les services, le taylorisme est fini et la qualité n’est plus compatible avec la quantité, dans le tourisme, l’université, la recherche ou l’industrie et la culture.

    La France peut encore tirer son épingle du jeu dans le tourisme de luxe, de santé et de bien-être où elle bénéficie d’un prestige mondialement reconnu et respecté. La France a toujours des avantages comparatifs indéniables dans la coiffure, les parfums, le vin, la gastronomie, la restauration et l’hôtellerie. Et les professionnels du tourisme savent générer de la valeur et de l’attractivité touristique (donc des marchés et des emplois) par la mise en réseau de ces talents et atouts dont notre terroir est rempli.

    Mes activités m’ont conduit à tester les formules SPA en Thaïlande, en Urkaine dans les dachtas de la mer noire, à Marrakech. Mais notre pays recèle de trésors inexplorés comme l’établissement de David Grand que je veux saluer ici :

    Le paradis du bien-être à Roanne : http://www.leparadisdubienetre.fr/

    Pour aller plus loin, voir JL Caccomo [2012] « Pour une taille optimale des destinations touristiques : un essai sur le concept de Zone Touristique Optimale », Revue Française de Tourisme, Espaces, Paris.

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  10. Pendant que cette sempiternelle question agite les débats confus entre les intellectuels français, la science économique évolue sans nous. Mais il est connu que nous avons l’art de nous enliser dans d’interminables débats qui ne débouchent sur aucune décision.

    On dit souvent que l’économie n’est pas une science parce qu’elle est traversée par différentes écoles. C’est hélas une erreur tragique qui contamine toute la pensée française et nous empêche de saisir pleinement la réalité des enjeux qui nous attendent inévitablement.

    On me rétorque alors, quand bien même elle serait une science, ce que l’on refuse néanmoins d’admettre, et le social ! Mais le « social » relève moins de la science que du registre des émotions et des rapports de pouvoir. De plus, l’économie montre que le « social » se résume nécessairement à une redistribution des richesses et qu’il faut donc au préalable produire des richesses pour pouvoir les redistribuer. Mais il y a un principe intangible : une redistribution trop massive des richesses finit toujours par étouffer et détruire le secteur productif lui-même. En économie, il est toujours question d’équilibre et de justes proportions.

    En fait, l’économie est pareille à la médecine. Quand on souffre de la grippe, on prend un remède adapté, souvent léger. Mais quand on souffre d’un cancer, on doit subir une chimiothérapie, ce qui est un traitement bien plus lourd. Et parfois, hélas, malgré le traitement adapté, on ne parvient pas à soigner le malade car c’est une nouvelle maladie et que nous n’avons pas les médicaments. Alors il faut faire de la recherche et la médecine évolue.

    Ainsi, il existe différents traitements selon les maladies diagnostiquées. Irait-on jusqu’à affirmer que la médecine ne mobilise pas des connaissances objectives reposant sur un savoir scientifique patiemment accumulé parce qu’il existe différents traitements correspondant à différents diagnostics ?

    Evidemment non !

    C’est justement parce que le médecin est animé par une démarche scientifique, dans un souci d’obtenir des résultats tangibles et mesurables, qu’il va d’abord procéder à un diagnostic, ce qui l’oblige à se confronter et à accepter les faits, aussi désagréables soient-ils.

    De la même manière, l’économiste dispose d’une boîte à outils riche et variée, résultat d’un long processus de recherche accumulée au fil des siècles. Il y a donc différents remèdes mais ils obéissent tous aux mêmes principes qui régissent les lois intangibles de l’économie.

    Alors, comme l’avait dit Tony Blair devant les députés français ébahis (maudits anglais qui viennent nous faire la leçon…), "il y a ce qui marche et ce qui ne marche pas". Et depuis la nuit des temps, l’évolution humaine s’explique par le fait simple et universel que les hommes ont tendance à se tourner vers les solutions qui fonctionnent (rationalité), à moins de vouloir se suicider. Tandis que ceux qui s’obstinent à s’accrocher et mettre en œuvre les solutions qui ne fonctionnent pas, mais dont le maintien par la force génère une désastreuse accumulation de coûts, ceux-là sont progressivement évacués de l’histoire.

    C’est tout simplement humain : les parents sont soucieux d’inscrire dans les écoles qui fonctionnent et les entreprises cherchent à recruter les employés les plus performants. Et nous avons tendance, dans nos relations personnelles, à être mieux influencés par ceux qui s’épanouissent.

    L’économiste raisonne donc ainsi, non pas parce que son modèle lui dit de raisonner ainsi, mais parce qu’il observe objectivement que les hommes se comportent ainsi quoiqu’il puisse dire, et surtout s’ils sont libres d’agir. Tous nos élus défendent avec force nos écoles publiques et le modèle universitaire français, mais en tant que parents, ils inscrivent leurs enfants dans des écoles privées ou des universités étrangères, en toute rationalité. Pourtant, nos écoles ne sont-elles pas gratuites ?

    Et il faut engager une force considérable et une énergie énorme, qui consomment toutes les forces productives, pour aller contre cet ordre spontané des choses.

    C’est pourquoi, dans les années 80, les régimes totalitaires à l’Est et les dictatures en Amérique Latine (mais aussi en Europe plus tôt, notamment en Espagne, au Portugal ou en Grèce), qui avaient l’ambition suicidaire d’échapper aux lois économiques, se sont effondrés, non pas à cause d’agressions extérieures, mais en raison de leur propre faillite économique. Aujourd’hui, ce sont les Etats-Providence européens, qui ont l’ambition démesurée de « réguler » ces mêmes lois et d’en corriger les « défaillances » supposées, sont au bord de la banqueroute.

    Pendant ce temps, par la « magie » d’un simple accord de libre-échange, la zone APEC est devenue le moteur de l’économie mondiale. Mais pour un économiste, il n’y a là rien de magique. Lorsque l’on ne comprend pas le monde, on proclame qu’il est devenu fou. Et au lieu de changer de modèle explicatif, on veut changer le monde lui-même pour l’adapter au modèle. Le monde n’est pas si fou, il faut simplement mettre les bonnes lunettes !



    Telle est la fonction de la science économique. Et il n’y a aucun brevet sur la science économique, elle est libre, tout est dans les livres, on n’a plus qu’à se servir et mettre les bonnes lunettes.

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