1. Il y a un principe intangible de la science économique énoncé déjà depuis plusieurs siècles, et jamais compris en terre hexagonale : la mauvaise monnaie chasse la bonne. Ainsi, plus on attirera les « immigrés sociaux » et plus on génèrera des « exilés – expatriés – économiques » car, au-delà d’un certain seuil de charges, les hyperactifs en ont marre de bosser pour les assistés en tout genre. C’est ce que l’on appelle le taux de charge et quand ce dernier dépasse un certain seuil, largement atteint en France, l’économie implose de l’intérieur. L’Etat a cassé les jambes des agriculteurs et des éleveurs en les « protégeant » du marché mondial, et les agriculteurs et éleveurs se retournent vers l’Etat pour lui demander… des béquilles dans un monde ouvert et dynamique où les autres n’ont ni besoin de béquilles et encore moins besoin de l’Etat. Le plus affligeant dans ce drame collectif, c’est que les élus de tous bords ont laissé croire au peuple infantilisé que l’on pouvait bloquer les prix, pire les garantir, trahissant ainsi leur profonde ignorance des lois économiques, mais surtout de la nature humaine. Promesses forcément intenables quand on connait les lois mathématiques de l’économie alors les éleveurs multiplient des actions « coup de poing » croyant ainsi qu’ils peuvent contraindre quiconque à payer un « prix juste ». Nier ainsi les bases élémentaires du fonctionnement objectif de l’économie témoigne de notre déni profond de la réalité : et quand on nie la réalité, celle-ci évolue sans vous et se charge de vous éliminer. Si les subventions pouvaient aider un secteur économique, cela se saurait et les agriculteurs français seraient la catégorie sociale la plus riche du pays. On voit où cela les a conduit alors qu’ils ont bénéficié, pendant des décennies des mannes publiées distribuées par l’Europe et l’Etat français. Pour pouvoir subventionner X, il faut toujours taxer Y : X n’ira pas mieux mais Y ira plus mal et c’est ainsi que l’Etat se charge de couler la Nation, au nom même de sa « protection » bienveillante, ou pire de sa régulation… Si l’état d’urgence décrété après les attentats pour nous protéger des ennemis de l’extérieur s’impose, l’état d’urgence économique s’impose mais il devra nous protéger des ennemis de l’intérieur : c’est-à-dire de nous-mêmes qui mettons au pouvoir, démocratiquement, ceux-là mêmes qui ont entrepris, depuis trois décennies, de mettre à bas l’économie du pays. Citoyens, réveillez-vous, on ne demande jamais des soins et des médicaments aux apprentis sorciers qui vous ont inoculés la maladie incurable. Croire que l’on peut fixer ou garantir des prix, comme le demandent encore les agriculteurs désespérés, témoigne de notre inculture économique crasse, preuve que l’on est incapable de comprendre les enseignements du prix Nobel d’économie français, Jean Tirole, salué à l’étranger et ignoré en France. J’ai encore en tête les sentences proclamées par les apôtres de la pensée unique qui nous disaient hier encore qu’il fallait s’habituer à vivre désormais avec un prix du pétrole définitivement élevé… et les prix du pétrole se sont effondrés. La seule certitude en sciences économique, c’est que, dans un monde dynamique, turbulent et évolutif, il est urgent de s’habituer à ne s’habituer à rien, sinon, on disparait.

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  2. Selon le mathématicien Bertrand Russel, « toutes les sciences exactes sont dominées par l’idée d’approximation » . Si les sciences exactes sont dominées par l’idée d’approximation, que dire des sciences humaines, politiques et sociales ? En fait, seule la preuve mathématique peut prétendre à l’exactitude : une fois établie, elle reste valable jusqu’à la fin des temps. Il y a donc une différence fondamentale entre preuve mathématique et preuve scientifique : une théorie scientifique ne peut jamais être prouvée au même degré d’absolu que le théorème mathématique, et cela est vrai pour toutes les sciences, ce qui relativise quelque peu la distinction usuelle entre sciences exactes et sciences humaines ou sciences sociales. Par définition, toute preuve scientifique est inévitablement fragile, provisoire et floue tandis que la preuve mathématique est absolue et indubitable. Pythagore mourut certain que son théorème, qui était déjà vrai 500 ans avant notre ère, resterait vrai pour l’éternité. Aucun scientifique – qu’il soit économiste ou physicien - ne peut se reposer sur une telle certitude. Cependant, à l’attention de tous ceux qui douteraient encore de l’utilité de l’abstraction et de la formalisation, il faut faire remarquer « qu’une part essentielle des progrès intellectuels et matériels que l’humanité a connus depuis cinq mille ans a résidé et réside toujours dans la mise en œuvre de symboles d’écriture et de représentation abstraite » . Après tout, l’histoire a débuté avec l’invention de l’écriture qui permet de mettre du sens (nos pensées) sur du papier de la même manière que le solfège permet au musicien d’écrire des sons. Et c’est la condition de la transmission des connaissances qui est elle-même une condition de son progrès. L’action humaine est fondée sur la raison ou la rationalité. C’est une hypothèse fondamentale en science économique fondée sur l’observation du genre humain. Et la raison est le propre de l’homme : lorsque l’homme préhistorique s’est brûlé au premier contact du feu, il a utilisé une branche pour dompter le feu, inventant du même coup le principe de la torche. Il a testé quelque chose, il s’est brûlé, il a appris et intégré l’information, adaptant son comportement en conséquence. Il demeure qu’il est plus facile de se faire passer pour un économiste que pour un biologiste, un chimiste ou un physicien. José Bové, Mélenchon et n'importe quel révolutionnaires de pacotille peuvent tenir des propos – même les plus incohérents – sur le commerce international, la finance ou le marché. Même l’éminent généticien Jacquard peut délirer autour de la mondialisation ultralibérale tandis que Nicolas Hulot peut prophétiser l’effondrement du libéralisme. Plus rares seront les économistes qui tentent de s’improviser biologiste ou physicien. La sagesse commande de connaître et d’accepter ses limites et notre condition humaine nous contraint à nous spécialiser, que ce soit dans le champ de la production des biens matériels comme dans celui de la production des connaissances. Cependant, il existe au sein de l’université un puissant courant qui pousse les économistes - le plus souvent aveuglés par un outil mathématique qu’il ne semble plus maîtriser - à mimer le physicien. Tels des ingénieurs sociaux, à la mode Piketty, ils voient la société comme un gigantesque moteur dont ils perceraient les secrets à l’aide des modèles appropriés tandis que les hommes et femmes politiques de droite comme de gauche se rêvent en pilote providentiel, éclairés par les modèles consacrés par la preuve mathématique absolue. C’est un peu la quête du Graal car tous ils ont oublié qu’il ne suffit pas de réciter les modèles (sans les comprendre) les plus sophistiqués pour faire œuvre de science ! Science sans conscience n’est que ruine de l’âme... S’il est plus tentant et gratifiant de pratiquer la langue de bois - même mathématique - en économie qu’en physique, n’attribuons pas à la science économique elle-même les défauts qui sont liés à la pratique de certains chercheurs plus soucieux de faire carrière en plaisant à tel parti, à tel syndicat ou de flatter l’opinion que d’obéir à une méthode rigoureuse et une éthique irréprochable. C’est une chose que de considérer l’objectivité comme un but impossible à atteindre, mais c’est une toute autre chose que d’abandonner la quête de l’objectivité car c’est abandonner l’aiguillon qui fait progresser toute la connaissance.

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  3. Les politiques économiques sont élaborées à partir d’agrégats arbitrairement définis (le taux d’inflation, le taux de chômage, la masse monétaire…), sur la base de données imprécises et orientées (par exemple la mesure de la pauvreté dépend de techniques statistiques dont l’interprétation est très arbitraire), avec un grand décalage par rapport à la conjoncture, et enfin en référence à des modèles théoriques outrageusement simplificateurs quand bien même ils ont l’apparence mathématique de la sophistication. Il suffit d’entendre aujourd’hui le débat autour de la Banque Centrale Européenne qui devrait baisser le taux d’intérêt si l’on en croit les ministres concernés ; mais la situation économique française est bien moins imputable à la position des autorités monétaires européennes ou à la « mondialisation libérale » qu’à l’absence dramatique de réformes structurelles qui paralyse toutes possibilités de rebond économique. Les théoriciens de l’économie reconnaissent que, par construction, une théorie économique repose toujours sur un modèle qui ne peut pas intégrer tous les éléments qui interviennent dans la réalité du phénomène étudié, puisqu’il se veut justement une abstraction. Cependant, les interventions publiques sont bien réelles, elles, et elles vont profondément modifier notre vie quotidienne alors même qu’elles s’appuient sur ces constructions théoriques. La plupart des économistes officiels, qui monopolisent outrageusement les ondes et plateaux de télévision, se réclame ainsi explicitement de Keynes pour justifier son appel à une relance par la consommation soutenue par l’Etat alors que la théorie keynésienne n’est valable que sous certains conditions très restrictives (économie fermée, pas de changement des technologies, stabilité des comportements de consommation…etc.). Quand un problème est systématiquement mal posé, on a peu de chance de le résoudre. Selon nos dirigeants et les syndicats, il conviendrait de « réguler le marché » ou du moins de palier ses défaillances supposées puisque l’existence de crises conjoncturelles prouverait que les marchés ne fonctionnent pas correctement. Cependant, dans des pays libres, c’est le marché qui est censé être le régulateur et les prétendues « défaillances du marché » sont la plupart du temps le résultat d’un environnement réglementaire et législatif qui neutralise les processus de marché eux-mêmes. D'une main, l'Etat étouffe l'économie et de l'autre main, il se propose de la relancer... Par ailleurs, les « défaillances du marché » sont définies en référence à un modèle de marchés parfaits qui n’a jamais existé et qui est même l’antithèse de la compétition telle qu’elle existe en pratique. Le fait qu’il existe des technologies différentes, des asymétries d’information, de la publicité, des marques différentes, des entreprises de tailles différentes…etc. n’est pas le signe de défaillances de marché que l’Etat devrait corriger ; c’est au contraire la manifestation, le résultat et l’ingrédient du processus compétitif lui-même. Quand bien même ces éléments seraient interprétés comme autant de défaillances par rapport à un idéal de concurrence pure et parfaite, dans lequel tous les agents économiques ne seraient que des clones d’eux-mêmes, rien ne prouve que l’Etat serait apte à corriger ces défaillances sauf à postuler que l’Etat serait dirigé et administré par des êtres omniscients dont la nature exceptionnelle les placerait au-dessus non seulement du marché mais de la société toute entière. Vouloir réguler le régulateur, c’est précisément le neutraliser en l’empêchant de fonctionner. Manipuler des prix, c’est perdre toute l’information que contiennent ces prix. Manipuler le taux d’intérêt en vue de relancer l’investissement est une illusion dans la mesure où le taux d’intérêt est un prix. Si le raisonnement interventionniste était valide, alors il faudrait le généraliser à l’ensemble des prix : il faudrait, par exemple, baisser le prix des automobiles sous prétexte de relancer l’industrie automobile… On sait bien ce qu’il advient de toute politique de contrôle des prix, qui raréfie l’offre et finit par engendrer la pénurie. La manipulation du taux d’intérêt, sous le prétexte de relancer l’investissement, n’a pas de sens puisque l’investissement sera financé par l’épargne, c’est-à-dire la partie du revenu qui n’a pas été consommée. Or, la baisse du taux d’intérêt se fera au détriment de l’épargne dans le même temps qu’elle suscitera un besoin accru d’épargne pour financer les nouveaux investissements. Le prix est comme un baromètre et on ne change jamais le climat en manipulant un baromètre...

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  4. J’ai eu l’honneur de répondre à un questionnaire officiel concernant le déroulement des carrières universitaires en France. Je suis heureux de constater que les responsables politiques se posent des questions sur la qualité et la finalité de notre système de recherche en particulier, et sur l’enseignement supérieur en général. Mais, je crains que cette enquête débouche sur un n-ième rapport dont le sort sera comparable aux nombreux rapports de la cour des comptes qui épinglent en vain les gaspillages de deniers publics. Dans le passé, votre prédécesseur avait décidé de supprimer le corps des premières classes à l’intérieur du grade de Maître de Conférences. Le grade de maître de conférences était composé de trois classes : classe normale, première classe et classe exceptionnelle. Ce découpage permettait d’accorder des promotions sur la base des travaux de recherche. En effet, le passage en première classe était l’opportunité d’un avancement sur le mérite susceptible de donner un appréciable coup de pouce à la carrière. Mais, il faut croire que ces distinctions avaient un caractère éminemment sélectif, évidemment incompatible avec tout entreprise égalisatrice qui lamine ce pays. Désormais, tous les maîtres de conférence sont logés à la même enseigne : qu’ils fassent de la recherche ou non, qu’ils publient ou pas, qu’ils aillent dans des colloques internationaux ou pas, ils se verront accordés automatiquement à l’ancienneté une promotion. Ils peuvent même diriger une université sans avoir jamais fait de la recherche de leur vie. Ce phénomène serait anodin s’il n’était pas la manifestation d’une machinerie plus profonde qui s’est mise en place depuis une trentaine d’années, contribuant à laminer le système éducatif tout entier sous le fallacieux alibi de lutter contre les inégalités sociales. Que l’on veille à l’égalité des chances au départ (égalité ex ante), rien n’est plus louable et, venant d’un milieu modeste d’origine immigrée (mon grand-père était un mineur sicilien et mon père a acquis la nationalité française en se mariant avec ma mère), je ne peux que saluer ce souci ; mais que l’on rectifie sans cesse les performances des uns et des autres, que l’on corrige les inégalités de résultat (inégalités ex post) qui reflètent tout simplement les différences de travail, de talent ou de motivation des uns et des autres, et nous entrons dans un processus destructeur non seulement de richesses économiques mais aussi de lien social : les plus entreprenants seront démotivés à force de laminage tandis que les autres s’installeront dans l’assistance et la revendication systématique et permanente. C’est de cette démission, qui provient du découragement pour les uns et de l’assistanat pour les autres, que découle la plupart des problèmes sociaux. Derrière les réformettes et les faux-semblants, il reste un principe incontournable : ceux qui sont les plus capables ou qui désirent faire des choses agissent tandis que les autres cherchent des excuses. Plusieurs signaux témoignent d’une détérioration profonde de notre système universitaire résultant de cette idéologie égalisatrice. 1/ Les effectifs d’étudiants : Les effectifs d’étudiants dans les disciplines scientifiques et techniques fondent régulièrement. Partout en France, on constate que les classes de chimie, de physique, de mathématiques et de sciences économiques se réduisent sans cesse alors que les filières de sociologie et de psychologie sont surchargées. A force de reculer devant la nécessaire rigueur qu’implique une réelle connaissance, à force de contourner la difficulté sous le prétexte « d’épanouir » et alors qu’il n’y a pas de science facile, ni d’apprentissage sans labeur, le système éducatif français a réussit l’exploit de détourner la plus grande partie de la jeunesse de l’étude des sciences. Platon a écrit : « L’étude des sciences […] élève la partie la plus noble de l’âme jusqu’à la contemplation du plus excellent de tous les êtres » (République, VII, 532 b-c). Où sont donc passés tous ces étudiants toujours prompts à manifester leur mécontentement devant le manque de place dans les amphis ? J’observe le même phénomène dans la section de sciences économiques réputée trop mathématisée. Au-delà de la polémique concernant l’usage des mathématiques en sciences économiques, il est un fait que les étudiants ne sont pas préparés à produire un effort sérieux et constant. Ayant l’occasion de lire et corriger des copies rédigées par des étudiants « littéraires », j’ai pu remarquer que ces étudiants ne sont pas seulement réfractaires à l’usage de formules mathématiques mais il devient difficile de leur demander de rédiger une dissertation ou d’analyser un texte. 2/ Les formations de troisième cycle : Les Diplômes de master se multiplient en même temps que leur contenu et les effectifs s'allègent dramatiquement. A l'heure où une poignée d'étudiants bloquent des universités en manifestant contre la sélection, je constate un absentéisme patent d'étudiants que nous n'aurions jamais dû accepter à l'université. Je ne veux plus me faire payer des conférences pour intervenir devant un auditoire composé de trois à cinq étudiants. Sur le papier, une cinquantaine d’étudiants sont inscrits ; dans la réalité, une poignée seulement sont de vrais étudiants de troisième cycle ayant l’intention et les capacités de faire éventuellement une thèse de doctorat. 3/ Les allocations de recherche : Enfin, le nombre d’allocataires de recherche qui ne finissent jamais leur thèse progresse de manière inquiétante. Bien sûr, ils ne manquent pas d’arguments : le manque de moyens, le manque de bureaux ou d’ordinateurs. Mais, ces arguments avaient cours lorsque je faisais moi-même ma thèse… et mon directeur de recherche ne manquait pas une occasion d’évoquer ses propres conditions de travail spartiates. Aux Etats-Unis, vous êtes poursuivis en justice si vous ne produisez pas les résultats sur lesquels vous vous êtes engagés et pour lesquels vos travaux ont justement été financés. En France, on sélectionne des candidats normalement sur des critères d’excellence académique. Puis, ces doctorants disparaissent dans la nature une fois leur financement terminé alors que ce financement, qui n’a pas a priori un objectif social – mais qui est assurément perçu comme tel par les bénéficiaires -, est conditionnel à la production d’une thèse. L’université française doit accepter, sans aucune sélection possible, les lycéens qui ont obtenu leur baccalauréat. Mais le baccalauréat est lui-même accordé sans sélection. Or, le bachelier type ne sait pas maîtriser de langues étrangères (pas question de parler ou lire l’anglais !) ; il considère que les mathématiques ne servent à rien et il n’a plus la capacité de rédiger une dissertation basée sur une analyse argumentée. Les lycéens seraient évidemment capables de faire tout cela mais, pour une raison qui m’échappe, on ne leur demande plus. Alors, ils arrivent en masse dans les formations universitaires les moins sélectives, c’est-à-dire celles qui sont réputées les moins difficiles. Comme les directeurs d’U.F.R. et autres doyens sont ravis de voir ainsi les effectifs inscrits croître, nos professeur de facultés se font fort de ne point trop effrayer cette nouvelle clientèle ; et pour ceux qui s’accrocheraient encore à une éthique, à une discipline et une rigueur jugées déplacées, les consignes officielles ne manquent pas de rappeler qu’il faut éviter d’être trop sévère dans nos jugements car cela ferait fuir vers d’autres universités plus clémentes ces étudiants tant convoités. Cependant, s’ils sont si convoités, ce n’est pas pour leurs qualités intrinsèques (d’ailleurs peu d’entre eux seront présents en cours et aux examens comme on le constate chaque année) mais parce qu’ils sont la promesse de généreuses subventions. Il fut un temps où la France recourait à la main-d’œuvre étrangère pour occuper les emplois que les français ne voulaient pas occuper ; nous entrons dans une période où il nous faudra compter sur cette main-d’œuvre étrangère pour occuper des postes que les français ne peuvent plus occuper faute de compétences, de capacités de travail et de motivations. Ainsi se met en place une spirale redoutablement pernicieuse. Arrivé en licence, l’étudiant ne maîtrise aucun savoir en particulier et ne se sent à l’aise dans aucune discipline en particulier. Son unique objectif est donc d’entrer à l’Institut Universitaire de Formation des Maîtres (I.U.F.M.) une fois sa licence obtenue (et avec l’organisation semestrielle et modulaire de l’universitaire, on finit par avoir un jour au l’autre sa licence). Serait-il mû par la motivation de transmettre des connaissances aux enfants ? Mais quelles connaissances justement ? Serait-il motivé par le désir louable d’enseigner ? Mais l’on ne peut enseigner aux autres que ce que l’on maîtrise bien soi-même déjà. Pendant ce temps, les autorités en place s’enorgueillissent de l’affluence de candidats au concours d’entrée à l’I.U.F.M. alors qu’elle traduit le fait que, pour la plupart d’entre eux, les jeunes diplômés français n’ont pas vraiment d’autres choix au sortir de leurs études. On voit se développer, au même moment, une pénurie de personnel dans un nombre croissant de métiers. Le gouvernement peut bien décider sur le papier de « créer » des postes de médecins ou d’infirmières, mais on ne forme pas des médecins compétents d’un trait de plume et on suscite encore moins des vocations dans des hautes qualifications en encadrant les revenus, et donc en contrariant les espérances de salaires de ceux qui entreprennent des études vraiment difficiles et coûteuses. Les postes nouvellement « créés » peuvent bien rester longtemps vacants (et je doute qu’un patient sur le point de se faire opérer, même animé d’un sentiment social affirmé, accepte de se faire ouvrir le ventre par un « emploi jeune »). Les experts de l'éducation nationale ont fait de l’école un « lieu d’épanouissement » et les professeurs des écoles n’ont plus à transmettre des connaissances mais à « accompagner cet épanouissement ». Chaque génération, qui sort d’un tel système, reproduit le système dans un processus irréversible de nivellement par le bas, car des pans entiers de connaissances sont perdus à chaque génération (ce qui contraint le ministère à alléger les programmes en mathématique ou à réformer l’orthographe par exemple, et je n’ose évoquer les connaissances historiques des étudiants). Les symptômes décrits ci-dessus sont rapidement visibles dans les petites universités. Les grandes universités vivent encore sur une réputation mais les laboratoires de recherche de ces établissement sont le plus souvent paralysés par des guerres mandarinales intestines qui neutralisent toutes activités sérieuses de recherche. Cette évolution est perçue par nos collègues étrangers – à défaut d’être prise en compte par nos propres responsables -, ce qui entache sérieusement notre réputation de sérieux et de qualité dans ce domaine. Notre système universitaire ne peut pas être attractif aux yeux des chercheurs étrangers les plus motivés et les plus qualifiés. Parce que les bases et la culture scientifiques sont fragilisées dans notre pays, l’opinion publique s’abandonne aux délires obscurantistes concernant l’évolution du climat, les O.G.M et la recherche génétique en général, la « mondialisation » et l’économie de marché. Quand la raison nous abandonne, les superstitions refont surface avec leur cohorte de contestataires démagogiques prêts à exploiter les angoisses ancestrales de fin du monde. Voulons-nous revenir aux époques où Pythagore et ses disciples étaient persécutés, où les premiers médecins, qui refusaient la fatalité des maladies, devaient se cacher pour disséquer et étudier le corps humain, où Galilée devait se rétracter devant des autorités aussi puissantes qu’incompétentes, où l’on détruisait les premières machines à vapeur, où l’électricité était considérée comme de la sorcellerie… On ne peut plus se contenter de dire que nous avons le « meilleur système d’enseignement du monde » sauf à se ridiculiser aux yeux du monde entier...

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  6. Politique & Eco n° 164 : Le cas édifiant d’un prof interné pour ses idées


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  7. Souvent, l’ignorance est source de peur et la peur alimente la haine. Un libéral sait bien que l’ignorance de la philosophie libérale nourrit la haine du marché et la peur de la mondialisation, ciment de l’inculture économique. L’étude des textes bibliques fut une fantastique source d’inspiration scientifique et artistique tandis que les clercs réalisèrent, pendant plusieurs siècles, un formidable travail de traduction et de préservation des textes de l’antiquité les plus fameux. Pythagore, en cherchant l’expression d’un ordre divin dans la nature, a posé les bases de la géométrie et des mathématiques. Jean-Sébastien Bach, en consacrant son talent musical à la célébration de la puissance divine, a permis à la théorie musicale (notamment l’harmonie, le contrepoint, la fugue) de connaître des progrès fantastiques. Et l’on observa un phénomène similaire dans la peinture ou l’architecture. Mais une lecture politiquement orientée de la Bible fut aussi l’instrument des guerres religieuses, du contrôle des esprits, de l’inquisition et du blocage du progrès du savoir et des connaissances dont le procès de Galilée est l’épisode le plus connu. Pareillement, l’étude minutieuse du Coran par les théologiens et les savants arabes a nourrit le progrès des arts et des sciences conduisant à un âge d’or dans le monde arabe (alors que l’Europe ne se relevait pas de l’effondrement de l’empire romain). Elle fut notamment le moyen de faire progresser les mathématiques (notamment l'algèbre) et les statistiques. En tentant d’établir une chronologie exacte des révélations du prophète, les théologiens arabes furent à l’origine de l’analyse des fréquences, donnant ainsi naissance à une discipline aujourd’hui essentielle à l’ère des réseaux d’information : la cryptanalyse. Ainsi, le savant arabe Al Kindi (auteur de 290 ouvrages de médecine, d’astronomie, de mathématiques, de linguistique et de musicologie) proposa au IX° siècle le premier « manuscrit sur le déchiffrement des messages cryptographiques ». Ce traité fut redécouvert en 1987 et inspira des innovations cruciales dans le domaine des clés informatiques, technologies essentielles à l’épanouissement de l’économie de l’internet. De ce point de vue, le monde musulman a donc une carte à jouer en mettant à profit sa connaissance intime du Coran qui lui confère la maîtrise de la langue arabe, pour voir à nouveau dans le Coran une source d’inspiration créatrice à même d’alimenter un potentiel d’innovation qui est la base de la croissance dans tous les pays du monde. Mais il faudra d’abord sortir de cette problématique diabolique d’affrontement des civilisations et des religions, qui résulte d’une lecture tronquée des textes religieux, dont tout le monde fait les frais, y compris et surtout le monde musulman lui-même, prisonnier de l'obscurantisme fanatique [1]. Après tout, on a longtemps imputé le sous-développement asiatique à un trait culturel, notamment à sa tradition bouddhiste postulée incompatible avec les valeurs de l’économie de marché. Mais que les blocages politiques sautent dans cette partie du monde, que les réformes soient mises en œuvre au Japon, en Chine, en Inde ou en Thaïlande, et on voit ces pays participer activement à la croissance mondiale sinon en être aujourd'hui les moteurs. Auraient-ils perdu leur âme pour autant ? Finalement, le bilan du XX° siècle est sans appel : ce sont tous les gouvernements qui ont éradiqué le sentiment religieux lui-même, au nom d’une vision matérialiste imposée par l’idéologie communiste et toutes ses déclinaisons, qui ont précipité leur pays dans la ruine. Ils avaient simplement oublié qu’on ne fait pas l’économie sans les valeurs humaines et que les actes humains ne sont pas uniquement déterminés par les conditions matérielles et la lutte des classes. [1] De la même manière, une lecture politique de la science économique déforme le savoir économique, transformant la connaissance en propagande.

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  8. A son origine, le Club Méditerranée a dû son formidable succès à son marketing touristique innovateur dans une industrie à l’époque balbutiante [1]. En effet, le Club avait comprit que, dans cette industrie comme dans les autres, il était périlleux de se tromper de cible et de mélanger des clientèles hétérogènes. Cette observation est à l’origine de la multiplication des marques pour les biens de consommation ; et elle a donné naissance à la segmentation de clientèles dans les services. On peut juger la publicité nuisible et les marques inutiles mais leur existence démontre que les consommateurs ont un besoin d’identification et de distinction. Pourtant, le Club Méditerranée a peu à peu abandonné ce positionnement sélectif qui a fait sa notoriété passée, entérinant une banalisation du produit touristique qui a aussi correspondu à une dévalorisation de la pratique touristique, dont le film « les bronzés » a popularisé les plus beaux clichés. Ce faisant, le groupe a compris récemment que cette stratégie n’était pas viable dans un secteur en perpétuelle mutation et qu’il était essentiel de reprendre en compte les aspirations des clients, revenant sur une pratique plus discriminante. Puisque les gens aspirent à se différencier, les entreprises qui veulent se développer sont obligées de bien connaître leur cible de clientèle pour pouvoir écouler leurs produits. Les viticulteurs français, abrités par une protection illusoire, coulent aujourd’hui sous les invendus pour n’avoir pas compris ce principe élémentaire. On ne s’adresse pas de la même manière à X ou Y. Ce n’est pas un jugement de valeur ; c’est un fait. Les économistes savent que les consommateurs se caractérisent par des préférences spécifiques, et que ces distinctions sont de plus en plus fines. Elles ne sont pas liées seulement à la catégorie socioprofessionnelle, l’âge ou le sexe. Chaque individu est unique. Si les gens aspirent à se différencier et à ne pas se mélanger à l’aveuglette avec n’importe qui quand ils prennent des vacances, il est raisonnable de penser qu’ils auront les mêmes préoccupations et les mêmes réflexes dans le choix de leur domicile, de leur quartier de résidence, de l’école ou de l’université de leurs enfants… etc. C’est aussi par affinité (par sympathie aurait dit Adam Smith) qui se tissent les relations humaines qui font les liens sociaux les plus solides. Il est légitime que le créateur d’une entreprise choisisse avec qui il veut travailler de la même manière qu’un salarié choisisse son entreprise. Et il est périlleux d’imposer ce choix de l’extérieur, comme si un arbitrage était possible en dehors (ou au-dessus des acteurs concernés). A ce propos, l’imposition des 35 heures au secteur touristique français, au nom d’une vision de l’entreprise qui date de la lutte des classes, va finir de condamner un secteur qui est aujourd’hui déjà bien fragilisé par la mondialisation en cours. Et cessons de brandir au moindre prétexte les accusations de raciste ou de sexiste quand une décision d’autorité légitime n’arrange pas celui (ou celle) qui la subit. A force de dénigrer l’autorité, la sélection et l’orientation, on finit par briser le ciment spontané de l’ordre social comme le montre brillamment Rachid Kaci dans son remarquable livre [2]. Car cette aspiration naturelle choque nos ingénieurs sociaux et autres puissants démagogues pétris de ces diaboliques concepts collectivistes qui inspirent les programmes politiques de nos dirigeants actuels et futurs. Ces derniers, au nom de la mixité sociale, de la lutte contre la discrimination, ou de la peur du communautarisme, veulent forcer les populations à se mélanger à travers les plans d’urbanisation. Ils vont en outre imposer le choix des écoles (et des programmes) à travers la carte scolaire ; ils vont ensuite mélanger les touristes à travers le tourisme social. Dans ce contexte ambigu, les entreprises, qui par souci marketing, prennent en compte la religion ou l’origine ethnique de leurs clients potentiels dans leurs pratiques commerciales prennent aujourd’hui le risque d’être accusées de discriminations. Et l’on interdira bientôt la photo sur le C.V. pour éviter les pratiques discriminatoires à l’embauche... Sans doute, devrais-je un jour consulter une haute autorité avant de choisir mes amis ? Mais rêvons un peu, si l’on empêcher les imbéciles et les hypocrites de faire des carrières politiques ? N’y a t il pas finalement des discriminations nécessaires et utiles ? Jean-Louis Caccomo, Perpignan, le 24 octobre 2006 [1] Caccomo J.L., Solonandrasana B. [2006] L’innovation dans l’industrie touristique. Enjeux et stratégie. Deuxième édition, L’Harmattan, Paris. [2] Kaci R. [2006] Lettre ouverte aux démagogues, Edition Broché, Paris.

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  9. La France : chronique d'une dépression sévère qui conduira aux traitemen...


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  10. Les manifestations corporatistes sont révélatrices de cette ignorance impardonnable de la part de fonctionnaires qui ont vocation à servir l’Etat et non à se servir de l’Etat. De ce point de vue, le fonctionnaire n'est pas un salarié comme un autre. Si l'Etat demain lui dit « il faut travailler plus longtemps et vous serez moins payés car nous n’avons plus d’argent dans les caisses », le fonctionnaire doit obéir... ou démissionner s’il pense trouver de meilleures perspectives dans le secteur privé. Obéir ou partir, tout comme un soldat. En ce sens, le fonctionnaire est un « soldat du bien public » : il doit normalement agir par vocation. Bien-sûr, si l’on veut attirer les meilleurs profils dans la fonction publique (et c’est bien ce qu’il conviendrait de faire dans le cadre d’une réforme globale de la fonction publique), il vaut mieux leur offrir les meilleures perspectives possibles, en salaire tout comme en qualité de conditions de travail. Mais cela implique aussi d’avoir la possibilité d’évaluer les individus et de moduler les rémunérations au cas par cas, ce que le statut interdit pour le moment. Dans un processus similaire, la sécurité sociale prélève des charges sociales qui, en contrepartie, nous ouvrent des droits, à condition qu'il y ait de l'argent dans les caisses demain, ce que le principe de répartition ne garantit nullement car encore faut-il avoir quelque chose à répartir. Or, si rien n'est fait pour équilibrer les finances de la sécurité sociale, alors demain les cotisations seront plus lourdes et nous aurons moins de remboursement. De toute façon, là aussi, les assujettis sociaux n'ont jamais signé aucun contrat leur offrant des options alternatives et des garanties. Nous avons à faire à un monopole, ce que les gens n'ont pas compris dans le sens où ils veulent conserver leurs droits et leur pouvoir d'achat, mais en même temps, ils manifestent contre toutes les tentatives de réformes susceptibles d'équilibrer les comptes du monopole. Or, par définition, un monopole n’a aucune incitation intrinsèque à la bonne gestion. Si la dérive des comptes sociaux et publics nest pas endiguée, alors les prélèvements s’aggraveront au détriment de l’activité économique du pays, du pouvoir d’achat et des capacités d’épargne des français, puisque des impôts accrus, fussent-ils déguisés ou « sans douleur », seront toujours prélevés sur le revenu des ménages. Finalement, voir des étudiants en colère contre les timides tentatives de réformes de l’université se joindre aux manifestations des cheminots accrochés à leur statut témoigne du degré d’incompréhension qui rend toute discussion désormais impossible et improbable. Car on ne peut pas à la fois défendre un système de retraite fondé sur le principe de répartition, et dont la survie dépend notamment du respect d’un certain ratio entre la part des actifs et la part des inactifs dans la population totale, tout en maintenant un système de formation qui a pour effet de rendre inemployable une partie de la jeunesse de ce pays alors même que les entreprises peinent à trouver des gens motivés et qualifiés sur le marché du travail dans un nombre croissant de secteurs d’activité.

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