1. Les conflits récurrents - qui témoignent d'une panne évidente du "dialogue social" auquel nous croyons tant - sont l'occasion de voir chaque catégorie sociale brandir ou dénoncer le revenu "scandaleux" de son voisin. En fait, la redistribution, non seulement démotive les producteurs de richesse, mais attise la jalousie. Mais j'irai encore plus loin. On prend pour acquis intangible - voire principe absolu - qu'un instituteur A devrait gagner autant qu'un instituteur B, qu'un chercheur A devrait gagner autant qu'un chercheur B, sans prendre en compte les différences de talents, de motivation ou d'implication. On ne reconnait pas la valeur individuelle ; on paye un statut. Alors certains se plaignent régulièrement, arguant du fait qu'ils "sont mal payés". Mais ne fallait-il pas y penser avant ? Quand on veut être bien payé, on s'engage dans des formations qualifiantes qui débouchent sur des perspectives de carrière gratifiante. Et il y en a ! On ne peut pas ne pas vouloir faire d'études longues mais être payés comme un docteur. Par ailleurs, l'argument qui consiste à dire "je suis sous-payé dans mon travail" peut aussi se discuter. En effet, en économie, on montre que l'on s'aperçoit que l'on est sous-payé par son employeur lorsqu'un autre employeur vous fait une proposition plus intéressante. Certains de mes collègues chercheurs me disent qu'ils sont mal payés par rapport à nos homologues américains, ce à quoi je réponds : "Une université américaine t'a-t'elle fait une proposition plus intéressante ?".... Après un silence, il me répond "Non". Alors tu es peut-être pas si mal payé ici. On ne peut pas gagner sur tous les tableaux. Les universités américaines vont faire des propositions mirobolantes aux meilleurs chercheurs du monde entier. A l'échelle internationale, aucun chercheur (comme aucun footballeur) ne gagnera le même revenu tout simplement parce que le revenu sanctionne les différences de qualifications, talents et compétences. C'est une loi économique fondamentale que nous n'avons toujours pas compris en France. Mais au nom de quel principe, une partie de la population active devrait échapper à cette loi ?

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  2. Dans un monde ouvert, marqué par le changement, l'évolution incessante et l'innovation, la complexité, l'imprédictibilité, le conservatisme économique et politique constituent sûrement une posture suicidaire. Le conservatisme économique est grandement le fait de la puissance des corporatismes et des syndicats, arc-boutés sur la défense de leurs positions acquises (justifiées dans le passé mais intenables aujourd'hui). De manière chronique, chaque profession (les cheminots, les pilotes, les huissiers, les taxis, les agriculteurs...) paralysent l'économie pour maintenir le statu-quo. C'est un rituel implacable devant lequel recule chaque gouvernement, qu'il soit de droite comme de gauche malgré les dégâts économiques que ces paralysies entraînent. Il va sans dire que les gouvernants s'empressent de nous rassurer que le "modèle social" français sera préservé alors même que l'implosion de notre économie est le plus sûr moyen de couler ce modèle. Au passage, si c'était véritable un "modèle", pourquoi le reste du monde ne s'en inspire-t'il pas. N'est-ce pas la définition d'un modèle ? Autre indice tout aussi significatif, quand on regarde les plus grandes entreprises côtées à Wall-Street aux Etats-Unis - ou le palmarès des 500 plus grandes fortunes publié par le magazine Fortunes - on constate un profond renouvellement tous les 20 ans. Quand j'étais étudiant en économie, Google, Facebook, Microsoft, Tweeter... n'existaient pas. Et bien malin celui qui peut nous dire quels seront les géants américains de demain. Le contraste est grand avec la France alors que la plupart des grandes entreprises de CAC 40 étaient déjà là 30 ans plus tôt. Quant au conservatisme politique, c'est sans doute la pire caractéristique de l'exception française. Encore une fois, la comparaison avec les Etats-Unis (ou l'Allemagne) est sans appel. Là-bas, quand un président perd les élections, il se retire de la vie politique avec l'ensemble de son administration ainsi désavouée, à charge du parti de faire émerger un candidat nouveau. Chez nous, ce processus ne fonctionne pas au point que l'on voit réapparaître les mêmes en place depuis des décennies. A gauche, Laurent Fabius, ancien premier ministre de François Mitterrand, est aujourd'hui ministre des affaires étrangères de François Hollande. A droite, on retrouve Alain Juppé - on ne peut pas vraiment dire qu'il soit un nouvel arrivant - affiche ses prétentions présidentielles. Or, tous ces hommes et femmes politiques, qui semblent gérer une rente à vie, ont conduit la France là où elle est aujourd'hui. Il est vrai que l'on ne change pas une équipe qui perd. Et que penser du retour de Sarkozy, battu par François Hollande, lequel envisage sans doute de se représenter... Si notre pays n'est plus à la pointe des innovations, de la croissance économique, il y a fort à parier que ces conservatismes en sont la cause majeure. Mais, on ne voit pas comment les dirigeants donneraient l'exemple, en supprimant les rentes politiques dont ils bénéficient. La monarchie française a été balayée par la révolution pour ne pas avoir voulu entreprendre les réformes défendues par Turgot (abolition des privilèges). L'Union Soviétique s'est effondrée là encore parce que ses dirigeants, coupées de la base - n'a pas voulu faire aboutir les réformes lancées par Gorbatchev. C'est un avertissement historique : le conservatisme est un suicide économique et politique.

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  3. "Nous courons sans souci dans le précipice, après que nous avons mis quelque chose devant nous pour nous empêcher de le voir". Pascal, Pensées. Quand j'ai intitulé mon dernier livre "Le modèle français dans l'impasse", je ne croyais pas si bien dire et j'aurai sincèrement préféré me tromper. Mais cet essai - qui n'a pas une prétention scientifique - est aussi le produit d'une réflexion qui m'anime depuis plus d'une décennie à l'instar de mes chroniques reprises sur les différents blogs ( Québécois Libre, Contrepoint, Atlantico, Gold Page). J'ai passé les trois quarts de ma vie dans un pays où les gouvernements fraîchement élus nous annonçaient que la crise était derrière nous. On se souvient encore de la fameuse phrase du président Giscard d'Estaing : "Je vois le bout du tunnel". De la même manière, on a vu la côte de popularité de chaque président élu dans l'euphorie s'écrouler quelques mois après leur prise de fonction, faute d'avoir accompli les inévitables réformes que tous les autres grands pays ont fait depuis longtemps. Enfin, chaque année, on nous assène que "la rentrée sera difficile". Mais comment cela pourrait-il en être autrement puisque tout est mis en oeuvre pour dépecer notre appareil productif et faire fuir le capital humain en étouffant l'économie, la seule source de création de richesses. Comment peut-on continuer à avoir la prétention de distribuer des richesses quand on affaiblit le moteur de la production de ces mêmes richesses ? Il est quand même stupéfiant de constater, qu'en 2014, le fait que le ministre du travail se propose de "contrôler les chômeurs fraudeurs" ou que le premier ministre annonce devant le MEDEF qu'il "aime les entreprises" provoque un tollé et fasse la une de la presse dithyrambique. C'est pourtant tellement basique pour qui possède quelques connaissances élémentaires de l'économie. Dans ce contexte délétère, les partis de gouvernement (PS, UMP) sont eux-mêmes dans un état de crise profonde ce qui fait l'affaire des partis extrêmes dont l'ascension prévisible et inévitable n'augure rien de bon pour notre pays. Mais l'histoire montre toujours que, lorsque les partis parlementaires sont déficients, les institutions démocratiques sont fragilisées, ce qui fait le terreau de la montée des partis populistes. A l'instar d'un pays, quand une entreprise est mal gérée, elle fera l'objet d'un redressement drastique. Mais comment des partis politiques, qui ne savent pas se redresser ni gérer eux-mêmes, pourraient-ils prétendre redresser et gérer tout un pays aussi mal en point que le notre ? Même si je l'ai déjà dit à d'autres occasions, le manque de culture économique de notre classe politique est consternant et provient certainement du fait que la grande majorité du personnel politique n'a jamais eu à gérer une entreprise, n'étant jamais soumis à aucune obligation de résultat. Immanquablement, et malgré les alternances, ils conduisent la France vers la faillite.

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  4. « J’ai voté avec la droite contre la gauche, quand il s’est agi de résister au débordement des fausses idées populaires. J’ai voté avec la gauche contre la droite, quand les griefs légitimes de la classe pauvre et souffrante ont été méconnus » . F. Bastiat, 1862, Oeuvres économiques. S’ils sont si nombreux ceux qui se proclament à l’avant-garde du combat social, c’est qu’il y a une grande facilité à se montrer généreux avec l’argent et l’effort des autres. Mais, comment systématiquement attaquer ou retarder les privatisations, demander à l'Etat de combler les déficits des entreprises publiques et des régimes sociaux et refuser dans le même temps d'étendre l’assiette fiscale à une plus grande partie de la population ou d’entreprendre toute réforme du secteur public ou de la sécurité sociale ? Comment prétendre défendre le système de retraite par répartition, vouloir travailler moins et refuser toute forme de capitalisation ? La France aurait trouvé la réponse miracle : il faut s'attaquer aux riches, il faut ponctionner les marchés financiers et limiter la spéculation. Mais, on ne rend pas service aux gens de condition modeste en s’attaquant à ceux qui gagnent de l’argent car, dans une société où il n'y a pas de riches, c'est que tout le monde est pauvre ! Dans un tel univers, l'égalitarisme est à ce point écrasant qu’il conduit à supprimer les riches plutôt qu’à accepter l’enrichissement du plus grand nombre. En supprimant la possibilité de s’enrichir - et donc de changer sa condition d’origine -, on détruit dans le même temps toute incitation au travail efficace et tout espoir dans l’avenir. Les pays qui ont permis le plus grand épanouissement possible des principes du libre-échange et de la libre entreprise sont aussi ceux qui ont connu la plus grande prospérité. A l’inverse, les pays, qui ont subi pendant près de 70 ans l’expérience collectiviste de l’économie dirigée, ont assuré la pauvreté pour la masse de leurs citoyens. Si la tendance à la paupérisation des masses s’est réalisée quelque part, c’est bien dans les nations qui ont éliminé le droit à la propriété privée et le principe de concurrence parce que leurs dirigeants ont cru qu’il pouvait construire, produire et régenter l’ordre social. Faire du « social », voilà la grande ambition moderne des politiciens au moment où ils se rendent compte de leurs capacités limitées à contrôler l’économie. Tout est alors décliné à l’aune du social : l’économie sociale, les prélèvements sociaux, la social-démocratie ou encore la politique sociale. Mais, l’action sociale est bien illusoire si elle consiste à briser les ressorts de la dynamique économique alors même que les dimensions économiques et sociales sont inextricablement entremêlées. Dès 1776, Adam Smith faisait remarquer qu’il suffisait, « pour passer de la plus extrême barbarie à la plus grande opulence, d’assurer la paix, une administration juste et de faibles impôts ». Mais, voilà bien un rôle de l’Etat trop raisonnable et modeste pour contenter l’orgueil et l’ambition du personnel politique. La dénonciation des inégalités est un refrain bien connu et qui fera toujours recette tant certaines inégalités sont en effet insupportables et illégitimes. Cependant, l’existence de gens riches n’est pas un problème pertinent en soi. La question est de savoir si ce sont toujours les mêmes qui s'enrichissent et en fonction de quels critères : le travail ou la naissance, l’effort ou le patrimoine, le mérite ou le piston, la compétence ou la corruption ? En liant le revenu du travail à sa productivité, l’économiste montre l’importance de l’effort, du mérite, des compétences et du talent dans la double détermination du revenu économique et des différences de revenus. La reconnaissance de la diversité des talents et des efforts se traduit inéluctablement par une échelle des revenus, laquelle agit comme une incitation à l’effort, seule moteur du progrès pour tous dans le respect des différences de chacun. Il n’est donc ni raisonnable, ni efficace de vouloir réduire à tout prix cette échelle de revenus. Ceux qui ont le privilège rare de briller sous les feux médiatiques s’en prennent volontiers à l’économie en l’assimilant à une sorte de vision comptable complètement déshumanisée et peu soucieuse des malheurs humains. Mais, il est indécent de voir des personnalités du show-biz ou des vedettes du sport donner des leçons de vertu et de désintéressement alors que la plupart d’entre eux se font fort de déclarer leurs revenus dans un pays fiscalement plus accueillant (en Suisse par exemple) tout en médiatisant leur dévouement « désintéressé » pour une cause sociale ou humanitaire. Pourquoi cherchent-ils à échapper, en tant que contribuable anonyme, au financement de la production de biens et services publics ? Ce rapport hypocrite à l’argent est affligeant, tout autant que le discours anti-économique qu’il cautionne. Ce discours se complaît à décliner l’éternelle rengaine anticapitaliste alors même que ses promoteurs les plus zélés répugnent à entrer dans des discussions trop techniques dès qu’il s'agit de réfléchir sérieusement sur le fonctionnement réel de l’économie. Vous comprenez, nous disent-ils, nous ne sommes pas des spécialistes en économie et ces choses trop sérieuses ne nous intéressent pas. C’est là tout le drame ! Comment peut-on parler si sûrement de choses que l’on ne veut pas connaître ? L’économie a plus à voir avec la logique qu’avec l’idéologie et certains de ses principes les plus fondamentaux n’ont pas été inventé par les économistes mais découvert par les plus brillants. A l’heure des débats spectacles, où il s’agit plus d'impressionner que de convaincre - et en ce domaine, les gens du spectacle sont bien des professionnels -, où il s’agit plus de faire monter l’audience que d’éveiller les consciences, le discours économique ne plus trouve guère sa place. Et ses rares défenseurs sont bien timides quand ils se réfugient derrière l’académisme universitaire aussi hermétique qu’élitiste.

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  5. Pour appréhender la question du chômage, il faut au préalable poser une définition précise du chômeur. La classification d’un individu comme chômeur varie selon les définitions utilisées. La définition la plus usuelle est la suivante : un chômeur est généralement un individu qui appartient à la population active, qui n’a pas d’emploi, et qui en cherche un activement. Cette définition fut proposée par l’Organisation internationale du travail (OIT, ex-BIT). Cependant, elle est assez floue et sujette à des variations dans son interprétation. En novembre 2007, l’Insee a fait évoluer sa méthodologie pour coller à l’interprétation d’Eurostat. La définition s’est alors affinée : est « chômeur » une personne en âge de travailler (16 ans ou plus) qui est : - sans emploi (ne pas avoir travaillé, même une heure, pendant une semaine de référence) ; - à la recherche active d'un emploi ; - disponible dans les quinze jours. Une seconde définition du chômage existe, celle de Pôle emploi, selon laquelle est un « demandeur d'emploi », un chômeur qui, en France, est inscrit à Pôle emploi. Le gouvernement, lorsqu'il communique les chiffres du chômage, parle uniquement des inscrits de la catégorie A de Pôle emploi. Armée d’une définition, on peut alors passer à l’estimation du nombre de chômeurs. En France, le taux de chômage (nombre de chômeurs/population active) se monte à 9.7 %. A la fin juin 2014, cela porte le nombre de demandeurs d’emplois de catégorie A à 3 398 300. Au total, le nombre de demandeurs d’emplois de catégories A, B, C s’établit à 5 043 200. Le niveau et la persistance d’un tel chômage défit non seulement une grande partie des experts mais aussi l’ensemble de la classe politique de telle sorte qu’aucun gouvernement n’a réussi à endiguer durablement ce fléau. Il convient donc de revenir sur la dimension théorique pour redonner à l’action toute son efficacité. En la matière, il existe un foisonnement de théories qui se sont attaquées à l’explication du chômage avec plus ou moins de succès. Notamment à partir des années 80, on a pu assister à une renaissance des modèles partiels explicatifs de telle ou telle situation de sous-emploi (chômage keynésien, chômage classique, chômage lié aux différentes rigidités du marché du travail, chômage lié aux conditions d’information imparfaite). Malgré cette richesse théorique, la recherche a rarement débouché sur des politiques et des actions concrètes efficaces en matière de lutte contre le chômage. Il y deux raisons principales à cet état de fait : soit que les théories en question étaient trop abstraites, soit que les décideurs politiques sont restés sourds aux enseignements de la théorie quand ils n'allaient pas dans leur sens. De plus, et notamment en France, l’analyse du chômage a généralement emprunté un cheminement keynésien qui débouche sur le raisonnement suivant : à cause d’une consommation des ménages faible, la croissance économique est ralentie ; en conséquence, le chômage augmente ou ne peut pas baisser. Il s’en suit qu’il faudrait relancer la consommation des ménages, seule moteur de la croissance selon cette perspective. Si une telle perspective analytique est de nature à expliquer le chômage à court-terme (encore appelé « chômage conjoncturel »), elle s’avère dépassée pour rendre compte du chômage de long-terme (lui-même appelé « chômage structurel »). Or, notre pays souffre de la persistance, depuis des décennies, d’un chômage structurel. Dans cette optique, il convient de renverser l’ordre des causalités : c’est la faiblesse de la croissance qui mine à la fois la consommation et l’investissement, entraînant du même coup une explosion et une persistance du chômage. Tant que l’on raisonnera à l’envers, confondant la cause avec les effets, on ne parviendra jamais à réduire de manière significative et durable le niveau et le taux de chômage dans notre pays. Pour diminuer le chômage, il faut libérer la croissance. Les ménages consomment moins car ils sont devenus plus pauvres à cause de la chute structurelle du taux de croissance économique depuis trois décennies. La consommation des ménages ne se décrète pas. Mais nous récoltons aujourd’hui les fruits d’un immobilisme suicidaire à force d’avoir retardé, depuis les années 80, les réformes nécessaires, au retour d’une croissance économique viable et pérenne.

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  6. Les théoriciens de la concurrence imparfaite, en banalisant l’adjectif « imparfaite », considèrent que l’on ne peut décidément pas faire confiance en la concurrence pour concilier les intérêts nécessairement divergents (à court terme néanmoins) des protagonistes du marché. La « concurrence imparfaite » est cependant un concept dérivé du modèle de « concurrence pure et parfaite » auquel il prétend se substituer en l’affinant. Pourtant, le modèle, même affiné, n’est sans doute pas une représentation fiable de la réalité des processus de marché. Si la plupart des manuels d’économie proposent des présentations détaillées et abondamment illustrées des modèles de concurrence imparfaite, ils éludent le plus souvent une telle question qui implique de revenir sur les fondements philosophiques du principe même de concurrence. Considérons l’exemple du marché du travail pour illustrer ce propos. Il est clair que le monde réel, dans lequel nous vivons tous, est loin d’être parfait. Il est clair aussi que la concurrence telle qu’elle existe, dans le monde réel, est quelque chose d’autre que la « concurrence pure et parfaite ». Pourtant, l’origine des défaillances constatées est loin d’être établie clairement. Si une grande partie des économistes se montrent favorables à l’idée d’encadrer la concurrence par des instances extérieures au marché, c’est soit qu’ils ont une conception néoclassique de la concurrence, soit qu’ils ne reconnaissent aucunement les vertus du marché libre (keynésiens, marxistes, régulationnistes…). En agrégeant tous ces courants de pensée, on obtient finalement la majorité des économistes qui considèrent qu’il y a des imperfections qu’il faut – et que l’on doit - corriger. Mais, si les développements récents vont dans le sens de la législation de la concurrence, c’est notamment en raison de l’impossibilité de se rapprocher, dans la réalité, des conditions de la concurrence pure et parfaite telles qu’elles ont été définies par la théorie. Pourtant, sommes-nous certains de la pertinence des références en ce domaine ? La question est loin d’être anodine car, si la référence est fausse, alors les conclusions le sont tout autant et ce que nous appelons « défaillance » est alors tout autre chose . Le marché du travail en France est caractérisé aujourd’hui par la coexistence d’un côté d’un nombre important de chômeurs de longue durée et de chômeurs diplômés ; et d’un autre côté, par une pénurie croissante de personnel dans un nombre important de secteurs, que ce soit de personnel qualifié ou non. Le moins que l’on puisse observer est donc une grande défaillance dans la quête d’un équilibre du marché du travail. Face à ce constat, on en appelle généralement aux pouvoirs publics. Pour autant, le marché du travail en France est-il l’exemple d’un marché libre ou d’un marché perturbé à force de réglementations et de collectivisation des processus de négociation qui empêchent tout ajustement fin des offres et des demandes ? Il suffit de mentionner l’existence du S.M.I.C., de la complexité du droit du travail, du poids des charges sociales, des nouvelles réglementations, du poids de l’Etat dans l’éducation et la formation pour constater qu’il n’existe pas, dans les faits, un réel marché du travail sur le dos duquel on pourrait imputer la responsabilité du chômage. Sans avoir la prétention de trancher une question si complexe, l’économiste n’a pas le droit de s’interdire de se poser la question inverse. N’est-ce pas plutôt les tentatives constantes et maladroites de régulation forcée et de manipulation de l’offre et de la demande de travail, par des mécanismes réglementaires et administratifs (telles les conventions collectives qui se substituent de plus en plus au contrat de travail dont le fondement est individuel) qui neutralisent toutes possibilités d’ajustement fin, qu’il soit quantitatif ou qualitatif. Le moins que l’on puisse constater est que cette tentative de « régulation » se solde par de terribles et coûteux échecs. Si les échecs de la régulation sont plus coûteux que les imperfections de la concurrence qu’elle était censée corriger, n’aurait-on pas plus intérêt à restaurer les conditions du plein épanouissement des lois économiques ? En tout cas, la redoutable question du chômage nous renseigne plus sur les défaillances de l’administration et de sa gestion que sur les prétendues défaillances inhérentes à un marché libre. Car comment imputer le déséquilibre constaté aux défaillances d’un marché qu’on empêche précisément de fonctionner ?

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  7. Mon premier souci d'économiste est de m’efforcer de poser des problèmes de fond dans un langage accessible, lesquels auront de grandes chances d'être illustrés par l'actualité en vertu du principe « plus ça change, plus c'est la même chose ». Quand j'évoquais, dans une récente chronique, que tout a un prix et que je considérais des exemples sur le marché immobilier ou dans le domaine de la santé, je ne me doutais pas - mais j'aurai dû m'en douter - que les socialistes proposeraient, dans leur élan démagogique (et quand ils ont pris conscience qu’ils allaient perdre le pouvoir), l'équivalent de la CMU dans le domaine du logement. Que l’on se comprenne bien, mon souci n'est pas de défendre le marché, les patrons ou les profits ; d'ailleurs, les patrons sont bien les derniers à apprécier la concurrence tant celle-ci est une menace constante sur leurs profits. Mais, mon sentiment et mon opinion importent peu, à vrai dire ; les phénomènes économiques existent indépendamment de mon sentiment et de mon opinion. Et, ils existent indépendamment de votre sentiment. Nier et refouler le marché ne nous aidera jamais à le comprendre…mais le marché continuera alors d’exister à notre insu. Mieux vaut en connaître les ressorts et les mécanismes pour atteindre les objectifs économiques et sociaux les plus nobles. Un économiste de bon aloi ne peut pas faire comme si les marchés et leurs principes de fonctionnement n’existaient pas. Il y a une telle confusion aujourd'hui dans l'enseignement en général, et dans les formations économiques en particulier, que n'importe quel manipulateur de foule peut s'autoproclamer « économiste alternatif ». Les discours pompeux de José Bové sont étudiés par les bacheliers et la revue « Alternatives Economiques » est devenue la source officielle des enseignants du secondaire. Le débat est descendu dans l'arène médiatique : sous prétexte d'égalité, tout le monde interpelle tout le monde. Mais, à quel titre ? Avec quelles compétences ? Le moindre quidam va émettre des propos sur les marchés financiers, le financement des retraites ou l'effet de serre sous le prétexte de démocratie totale. Mais, dans ce vacarme où celui qui parle le plus fort croit avoir raison sur les autres, on oublie les données, les hypothèses de travail ou les références théoriques. La validité d’un raisonnement et la portée d’une réflexion ne se décrètent pas par la violence. Si le vrai débat est déjà difficile entre chercheurs professionnels (qui peuvent être tentés par les sirènes de l’audimat plutôt que par les rigueurs de l’objectivité), il devient cacophonie et verbiage quand il tombe sous les micros piégés des manipulateurs d'opinion. Accepterait-on que n'importe qui se proclame pilote d'avion ou chirurgien ? Pourtant, en France, un charlatan peut se trouver en situation de diriger tout un pays et de le plonger dans la misère et le chaos. Certains dirigeants d'entreprise peuvent s'avérer être aussi des charlatans; ceux-là doivent pouvoir être poursuivis et ne doivent pas s'accrocher à leur place puisqu'ils mettent en danger les employés, les actionnaires et les clients. En général, c’est justement la sanction du marché – c’est-à-dire la faillite – qui est la procédure de sélection et d’élimination la plus efficace. Et c’est bien là la fonction régulatrice du marché. Mais, la classe politique française s’est arrogée le monopole de la représentation nationale et de l’expression de l’intérêt général. On serait alors en droit de la soumettre, à chaque consultation électorale, à un audit objectif en comparant les promesses proclamées aux résultats observés. Car, les hommes et femmes politiques ne doivent pas non plus s'accrocher aux postes de pouvoir dès lors qu'ils ont détourné et perverti ce pouvoir. On a glosé, dans un passé récent, sur les malversations de l'entreprise Eron comme on feignait de s’inquiéter du sort de l’Argentine. Dans les deux cas, nous dit-on, il y aurait là les signes évident de la crise – tant de fois annoncée - du capitalisme… Dans le cas de l'Argentine, les analystes du Wall Street Journal tiraient déjà sur la sonnette d'alarme, il y a déjà près de 10 ans, et mettaient en garde sur la politique économique de ce pays sans cesse financée par un déficit public voué à s'accroître (puisqu'il ne finançait aucune réforme sérieuse). Mais, les discussions autour de la faillite d'Eron sont plus révélatrices sinon intéressantes. Ce n'est pas la première fois - ni la dernière - qu'une grande entreprise fait faillite aux USA. La faillite est au cœur du principe de fonctionnement de l'économie de marché, notamment aux Etats-Unis où l’Etat se montre moins interventionniste. Si les patrons ou managers s’attendent à ce que l'Etat vienne automatiquement au secours de leurs entreprises dès lors qu’elles sont en difficulté - comme en France où les patrons ne se privent pas de faire un chantage au social -, alors il y a fort à parier que les entreprises seront mal gérées et les ressources très mal allouées. Il n'y avait pas de faillite dans l'économie soviétique... mais c'est l'économie soviétique dans son ensemble qui a fait faillite. On peut néanmoins comprendre les dirigeants d'entreprises françaises dans le sens où l'Etat français contribue, pour une part importante, à dégrader la situation financière des entreprises (notamment dans le cas d'une liquidation financière où l'Etat fait partie des créanciers prioritaires, ce qui contribue à accentuer les difficultés des autres créanciers). C'est le risque réel de faire faillite qui pousse les acteurs économiques à essayer de faire des choix les plus efficaces possibles, même s'ils ne détiennent jamais de certitude à ce propos. La faillite d’une entreprise n'est donc en rien la faillite du système économique ; elle prouve au contraire que le système fonctionne, en éliminant les entreprises qui gaspillent des ressources (forcément limitées) qui pourraient être mieux utilisées par d'autres managers (qui dans ce cas se proposeront de racheter les actifs de l'entreprise en faillite, ces derniers conservant une valeur aux yeux des repreneurs potentiels...du moins tant qu'il y a des repreneurs). Rappelons qu’une entreprise est une « personne » morale qui résulte d'un ensemble de contrats : la faillite signifie donc la disparition de ces contrats, non des individus eux-mêmes, lesquels se trouvent libérés de leurs engagements pour effectuer d'autres contrats plus viables (puisque la faillite indique que les précédents contrats n'étaient pas tenables). Il n'y a qu'en France que l'on croit que l'on puisse interdire les licenciements ou supprimer les faillites, l'Etat se portant au secours des entreprises en difficulté (mais ce principe aboutit à ce que toutes les entreprises se tournent inévitablement un jour vers l'Etat lequel fera faillite à son tour). Un Etat interventionniste, qui nourrit l'illusion de réguler l'économie, fragilise les acteurs économiques - qui ne sont plus capables ni de prendre des décisions, ni de les assumer - et prend le risque de ruiner toute l'économie, entraînant la société toute entière dans son naufrage. C'est précisément ce qu'il s'est passé en Argentine ou en URSS...et peut-être en France un jour, s'il n'y a pas de changement politique marquant ou de véritable prise de conscience de la part de l'opinion. Mais la faillite d’une entreprise est l’arbre qui cache la forêt car que devons-nous alors penser du parcours de Microsoft, Sun, HP, Apple ou Facebook ? Ce sont des entreprises qui ont débuté avec un capital-risque somme toute modeste en comparaison de l'argent public engouffré dans nos « champions nationaux ». Ces entreprises sont aujourd'hui des firmes multinationales qui font vivre des milliers de salariés, d'actionnaires tout en répondant aux besoins de leurs clients. Dans ce cas, c'est le succès même de l'entreprise que l'on va condamner : on va, par exemple, reprocher à Microsoft d'être en situation de monopole. Lorsqu'une grande entreprise fait faillite, on l'assimile à la faillite du système lui-même ; et lorsqu'une petite entreprise devient un grand groupe, on crie au danger en délirant sur le pouvoir des firmes multinationales. Aujourd’hui pas plus qu’hier, le capitalisme n’est en crise. Ceux qui prennent prétexte des faillites ou des malversations de quelques groupes internationaux pour réglementer l’économie et « réformer le capitalisme » se réclament de principes qui partout où ils ont été appliqués ont conduit des pays entiers à la faillite parce qu’ils ont neutralisé le seul principe de régulation qui fonctionne, c’est-à-dire le marché. Certes, le marché est loin d’être parfait mais il fonctionne et il est bien réel alors qu’une organisation parfaite n’est que chimère puisque toute construction humaine est nécessairement perfectible. En empêchant la faillite des acteurs qui ne contribuent pas à créer de la richesse, on fragilise l’ensemble du système. Et c’est seulement une variation libre des prix qui nous permet de savoir si les richesses sont correctement allouées. L’histoire a montré ce que la théorie soupçonnait : il n’y a aucune exception à la faillite du communisme. Partout où il a été expérimenté, à l’Est (Russie) comme à l’Ouest (Cuba), en Europe (R.D.A.) comme en Asie (Vietnam ou Corée du Nord), au Nord comme au Sud, l’application systématique de principes alternatifs à une économie libre a conduit aux mêmes résultats : écrasement des peuples, arrêt de la croissance et appauvrissement du pays, exode des élites. Il n’y a aucune exception et l’expérience fut massive. Qui peut citer un pays communiste riche ? Il n’y a même pas une exception pour confirmer la règle ! Tous ceux qui ont eu la prétention de s’opposer à la régulation libre et spontanée de l’économie par le jeu de la concurrence, qui implique la possibilité de la faillite, ont propagé la faillite elle-même. Autrement dit, dans le contexte d’un marché libre, la faillite peut se produire mais elle est locale ; dans le contexte d’une économie administrée et planifiée, la faillite se produit nécessairement et elle est globale. Et ce sont les orphelins du communisme qui prétendent donner des leçons de saine gestion aux pays capitalistes ! Dans une économie libre qui autorise le développement de millions d’entreprises, il y a nécessairement quelques entreprises douteuses et mal gérées ; mais celles-ci seront inéluctablement évincées par la concurrence. La faillite d’une entreprise mal gérée n’est certainement pas le signe que le capitalisme est en crise. Les naïfs et les ignorants le croyaient déjà au XIX° siècle. C’est au contraire la preuve que le marché fonctionne : les entreprises qui satisfont clients, salariés et actionnaires détiennent la clé du succès alors que celles qui trompent clients, salariés et actionnaires sont inévitablement sanctionnées par le marché. Si à court terme les attentes des clients, des salariés et des actionnaires paraissent contradictoires, elles sont à terme nécessairement complémentaires puisque tous ont intérêt à ce que l’entreprise perdure et se développe. D’ailleurs, seule la vision marxiste sépare ces différents acteurs de l’économie en classes distinctes et antagonistes alors que, dans les faits, nous sommes tour à tour en situation de salariés (quand nous louons notre force de travail ou nos compétences), d’actionnaires (quand nous plaçons notre épargne) et de clients (lorsque nous consommons). Et l’on doit forcément travailler, consommer et épargner… L’observation des faits, l’étude de l’histoire économique et la théorie enseignent que les marchés, les industries, les produits et les entreprises obéissent à des cycles de vie à l'intérieur duquel la possibilité de grandir ou de faire faillite joue un rôle fondamentalement régulateur. Les problèmes systémiques commencent lorsque l’Etat cherche à contrarier ces mécanismes.

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  8. « Il est fort inutile que l’autorité se mêle d’encourager ce qui est nécessaire. Il lui suffit de ne pas l’entraver ». Benjamin Constant Il y a vraiment en France un culte autant omniprésent qu'envahissant de l’Etat et une mise en scène du discours de l’Etat. On voudrait croire que ce qui était impossible hier devient impossible aujourd’hui parce que l’on a changé de président de la République. En 1981, les français descendent dans la rue en liesse pour saluer l’élection de Mitterrand : enfin, la vie va changer car telle était le slogan des socialistes « changeons la vie » ! Finalement, au-delà du combat réellement virulent dans lequel s’inscrivent les candidats de tout parti, on retrouve un même discours destiné à présenter le politique comme un régulateur sinon comme un sauveur. L’Etat doit nous protéger de tout : de la mondialisation, de l’alcool, des sectes, de la concurrence déloyale, de la vie, de la science et ses dérives. La lecture de la Une du journal « Le nouvel Economiste » (édition n° 1420) est à révélatrice de notre attachement viscéral en la croyance à la capacité régulatrice de l’Etat. L’éditorial annonçait la couleur avec le titre « Une économie plus politique ». Selon l’édito en question, il appartient « Au Politique de reprendre la main et de réaffirmer ainsi sa primauté sur l’Economique ». Dès la première page, la finance est présentée comme une « créature » dont le pouvoir politique devrait reprendre le contrôle. Plus bas, un article sur la grande distribution interroge : « l’Etat, nouveau grand commandeur ? ». L’Etat, l’Etat, toujours l’Etat et rien que l'Etat. Heureusement, Le Nouvel Economiste n’est tout de même pas l’Humanité et rendons hommage à son édition n° 1418 qui consacra une étude passionnante sur la situation culturelle de la France. Les auteurs reconnaissent que cette prétention de l’Etat à tout régenter n’est pas sans conséquence sur notre moindre rayonnement culturel. Même en ce domaine, le tout-Etat tue l’innovation et la créativité, et « l’art doit apprendre à être moins étatico-dépendant » (Le Nouvel Economiste n° 1418). On apprend (mais serait-ce un scoop pour un libéral) que ceux qui sont chargés de répartir les subventions à tel ou tel projet culturel ne sont ni les plus compétents (en matière culturelle) ni les plus désintéressés (électoralement parlant). On retrouve les mêmes aberrations dans les critères d’allocation de l’argent public pour les projets de recherche. Et même quand les fonctionnaires, chargés d’allouer l’argent public, sont d’une grande qualité et d’une grande probité, c’est le mode de fonctionnement même des structures centralisées qui les met en situation d’asymétrie d’information : « De commissions en inspecteur à la créativité, le maquis bureaucratique a transformé l’art en une machine à distribuer des subventions ». Le pire est que cela n'empêche pas les grèves récurrentes des intermittents du spectacle en pleine saison touristique. Hélas, ce n’est pas propre à l’art, mais à tout les domaines que l’Etat va phagocyter. La qualité des personnes n’est pas en cause, c’est dans la nature même des organisations centralisées.

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  9. « La protection incite à la démission autant que la concurrence invite au dépassement de soi » [1].

    Même s’il existe une guerre économique, qu'il nous faut assumer mais qui est un dévoiement de la concurrence, la compétition n’est pas toujours la jungle sauvage décriée par les ennemis si nombreux de la mondialisation, à condition de bien la définir.
    La compétition ne doit pas consister pas à écraser les autres, ça c’est la guerre (économique) et ça n’engendre que malheur, destruction de richesses et désolation. Quand vous écrasez quelqu’un, vous semez toujours les germes de la rancœur, de la frustration, de la jalousie et de la haine ce qui finira toujours par se retourner contre vous, et les autres seront irrémédiablement vos ennemis.
    Et il vous faudra consacrer une énergie considérable pour vous en protéger.

    La compétition saine consiste à se "frotter aux autres" et on a tous à y gagner : on s’améliore dans le même temps que l’on fait évoluer les autres et ils vous en seront toujours reconnaissants.

    Bien-sûr, si une équipe de 4ième division se frotte aux champions du monde, elle perdra systématiquement, ce qui est démotivant et contre-productif. Et si elle joue toujours contre la plus faible, elle gagnera toujours et n’en retirera aucune satisfaction, aucun mérite et aucun enseignement.

    Il est donc essentiel de bien choisir son étalon de mesure, son benchmark. Et pour bien le choisir, il faut bien se connaître soi-même, ce qui implique de faire un travail sur soi d’évaluation profonde. Ainsi, en allant vers les autres (ce qui n’est pas toujours facile), on apprend en fait à découvrir qui l’on est vraiment et quelle est notre véritable valeur personnelle. En s’ouvrant aux autres, on apprend à mieux se connaître.

    On a donc tout à apprendre à s’ouvrir aux autres et à l’extérieur, que l’on soit un individu, une université, une entreprise ou un pays. Dans tous les cas, les organisations humaines ne sont toujours composées que par les individus qui les font vivre ou mourir selon que ses membres s’épanouissent, s'accomplissent, se referment sur eux-mêmes ou se figent.

    Nous sommes avant tout un peu tous prisonniers des chaînes dans lesquelles nous nous sommes nous-mêmes enfermées.

    C’est pourquoi le repli sur soi, le protectionnisme à tout crin, la fermeture systématique nous appauvrissent systématiquement et que l’économie, comme les hommes et les femmes, ne s’épanouissent et ne s’enrichissent que dans les échanges et l’ouverture au monde extérieur.
    Car l’économie n’est faite que par les hommes et les femmes qui la composent, c’est-à-dire par définition des êtres humains faillibles et perfectibles.

    [1] Mathieu Laine, La France est foutue, Editions JC Lattès, Paris 2007, page 94.

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