Dans le combat intellectuel et politique, il est essentiel et indispensable de bien connaître ses adversaires comme dans un combat de boxe. La gauche semble bien connaître la droite tant elle lui imprime ses schémas de pensée, mais la droite sous-estime la gauche qu’elle connait si peu en fin de compte. 

La droite ne reviendra jamais au pouvoir ou, revenue au pouvoir, elle fera les mêmes erreurs que la gauche si elle ne fait pas ce travail préalable et indispensable. On perd un combat politique quand on parle le langage de son adversaire, adoptant son vocabulaire et donc sa logique d’analyse.

J.F Revel, de l’Académie Française, a écrit que les socialistes français étaient surdéterminés par un « sur-moi communiste » inscrit profondément dans leurs racines culturelles et idéologiques [1]. J’admets volontiers que nos socialistes hexagonaux ne comprennent pas le libéralisme (il est déjà peu compris à droite) car ils n’ont jamais lu et ne liront jamais les auteurs classiques libéraux qui ont posé les fondations du libéralisme (JB Say, Ricardo, Adam Smith, Turgot, Bastiat, Benjamin Constant…).

Mais on se demande parfois s’ils ont bien lu leurs propres mentors, notamment Marx et Engels. Le socialisme a été pensé et conçu dans un seul but exclusif : certainement pas gérer une économie de marché et lui fournir les biens et services publics nécessaires à son épanouissement, mais prendre le pouvoir pour installer un régime communiste.

Ainsi, le rose finit toujours par virer au rouge, programme qui a été fidèlement et scrupuleusement appliqué par Lénine, Mao, Castro et tant d’autres petits « pères des peuples ». Loin d’être une analyse et objective du fonctionnement de l’économie et de ses mécanismes de croissance, le Capital de Marx n’a été écrit que dans ce but. Et le programme politique qui en découle a clairement été exposé dans le Manifeste du Parti Communiste rédigé par Marx et Engels. Comme dans Mein Kampf de Hitler, tout est écrit. On ne peut pas dire « je ne savais pas ».

En 1974, à la demande de François Mitterrand, Lionel Jospin, qui fut le premier ministre de la France, a écrit un petit opuscule à l’attention des jeunes militants enrôlés au parti socialiste dans lequel il recommande des lectures destinées à se forger une culture politique de combat. Dans ces recommandations, il cite inévitablement Marx, Engels, Lénine, Rosa Luxembourg, Gramsci, Marcuse et Mao. Tous de grands économistes devant l’éternel !

Je n’ai jamais adhéré au parti socialiste mais j’ai suivi les recommandations du « guide suprême » et j’ai donc lu tous ces auteurs, me forçant à avaler de colossales couleuvres par souci d’ouverture et d’objectivité intellectuelles. Ils font aussi partis de ma culture d’économistes. J’ai pu ainsi goûter les mauvais vins ce qui m’a permis de découvrir et de déguster les saveurs des meilleurs vins.

Mais j’ai compris pourquoi les socialistes français installés au pouvoir sont incapables de proposer des réformes susceptibles de faire revenir durablement la croissance et la prospérité, qui restent fondamentalement la croissance d’une économie de marché, d’une économie capitaliste. C’est pourquoi, prisonniers d’une grille de lecture obsolète et totalitaire, ils ne peuvent pas comprendre ce qui se passe en France, a fortiori ce qui se passe dans le monde de plus en plus ouvert et globalisé et porté par la croissance mondiale de l’économie de marché.

Alors, il est inévitable que les circonstances seront bientôt réunies en France pour que la vraie rupture, fondamentalement libérale, s’impose chez nous. Je forme le vœu le plus cher, pour l’avenir de mes enfants et de mes étudiants, que les dirigeants, qui sont appelés à revenir au pouvoir demain, prendront toute la mesure des enjeux qui nous attendent, et ne s’enferment pas dans des réformettes qui ne mènent qu’à l’impasse, sous prétexte de ne pas remettre en cause les lois mises en place par la gauche au pouvoir.

Et j’engagerai toutes mes forces dans cet espoir. Mais un n-ième rendez-vous manqué serait un gâchis historique que notre pays n’a aujourd’hui plus les moyens de se permettre, qui ouvrirait une avenue aux partis extrémistes.



[1] Lire à ce propos J.F. Revel [2000], La grande parade. Essai sur la survie de l’utopie socialiste, Editions Plon, Paris. Un ouvrage qui devrait être la bible de tous les combattants de la liberté. Je me sens tout particulièrement un devoir moral et intellectuel de recommander cette lecture salvatrice car son auteur m’a fait l’honneur de m’adresser une lettre d’encouragement avant de disparaître et j’ai eu la faiblesse de penser qu’il cherchait à me transmettre un flambeau bien fragile sur le point de s’éteindre.
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